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ULB. La fin de l’université publique

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L’ULB souhaite depuis des années construire un nouveau bâtiment sur le Campus de la Plaine. Pour mener à bien ce projet, le CA envisage de s’allier à une entreprise privée, le géant de la consultance McKinsey. Ce partenariat serait nocif et doit être empêché. Bien plus, c’est le financement de l’enseignement qui doit être complètement revu.

Par Louis, étudiant à l’ULB

McKinsey est la plus grande entreprise de « consultance » au monde. Elle dispense ses conseils aux PDG du monde entier, et est tristement célèbre pour avoir régulièrement orchestré d’importantes vagues de licenciements, notamment dans la sidérurgie. Elle dispose actuellement de bureaux sur l’avenue Louise, mais jugeant sans doute ceux-ci trop exigus, souhaite déménager.

L’ULB, l’Université Libre de Bruxelles, possède pour sa part de vastes terrains à bâtir concédés par l’État dans les années 1970. Elle veut depuis longtemps y ériger des locaux, mais n’avait jusqu’ici jamais trouvé les moyens nécessaires.

Et voilà que McKinsey propose de financer une partie des travaux, en échange de quoi elle pourrait installer ses bureaux dans les nouvelles constructions. À première vue, il semble que les deux parties y gagnent. Sauf que la situation est plus compliquée…

Un puissant lobby

McKinsey ne se contente pas de donner des conseils à ceux qui le lui demandent, elle en susurre aussi à l’oreille de nos dirigeants. C’est sans doute pour cette raison qu’elle a des bureaux à moins d’un kilomètre de la Maison blanche, et qu’elle souhaite agrandir ceux de Bruxelles – le siège de l’Union européenne.

En plus d’influencer les gouvernements, McKinsey garde un œil sur nombre d’entreprises : c’est le plus grand fournisseur au monde de PDG. En pratique, si vous avez pour ambition de vous retrouver à la tête d’un grand groupe pétrochimique, faites-vous d’abord engager par McKinsey : vous aurez plus de chances. Même si n’importe qui ne peut l’espérer.

L’ULB elle-même est victime de cette machine infernale : l’actuel président du conseil d’administration vient tout droit de chez McKinsey, où il a notamment publié des articles sur la meilleure manière de former les employés. On ne peut s’empêcher de penser qu’il est peut-être derrière ce subit rapprochement. On peut aussi s’inquiéter de l’évolution de la formation universitaire qui doit, entre autres, être celle de l’esprit critique et non celle du formatage d’employés.

Du rôle des universités

Dans un rapport publié en ligne[1], McKinsey se targue d’être la première institution de recherche en gestion, avec un budget d’un demi-milliard de dollars (plus que trois grandes universités américaines réunies). Avec de tels moyens, la société est en mesure d’influencer la direction prise par la recherche. Les études qui ne lui conviennent pas sont ainsi noyées sous un flot continu de publications favorables.

D’autre part, McKinsey publie régulièrement des « rapports » qui, en matière d’enseignement, recommandent invariablement de modifier les programmes des cours pour mieux correspondre aux besoins des patrons. Un tel changement se ferait évidemment au détriment de matières jugées moins importantes, entendez par là moins rentable, comme peut-être le décryptage des manuscrits mérovingiens ou encore les méthodes d’étude de l’évolution du climat.

L’arrivée de McKinsey sur nos campus pose ainsi la question du rôle de notre enseignement : s’agit-il de transmettre des savoirs, de développer l’esprit critique et des méthodes d’études scientifiques ou de formater de bons futurs employés, livrés prêts à prendre place sur leur lieu de travail et le moins revendicatif possible ? S’il est certain que les étudiants doivent pouvoir trouver un emploi après les études, l’université doit avant tout être le lieu du développement du savoir pour le plus grand nombre.

Un choix politique

L’arrivée de McKinsey à l’ULB n’est décidément pas le fruit du hasard. L’université a depuis des années des difficultés à boucler son budget. Pour garder la tête hors de l’eau, elle a déjà vendu une grande partie de ses propriétés foncières. La source de ces difficultés est aisée à établir : alors que le nombre d’étudiants ne cesse d’augmenter, les subsides n’ont pas évolué de la même manière avec 10 ans de financement par enveloppe fermée.

En conséquence, quand l’université entreprend de grands travaux, elle doit recourir à des sources de financement externes. Les décisions des gouvernements de ces dernières années ont forcé l’enseignement supérieur à se rapprocher du privé, via des décrets ou en le privant de moyens ; nous récoltons les fruits de ces politiques désastreuses.

Nous réclamons depuis des années une hausse du financement public de l’enseignement, pour dépasser les 7 % du PIB (nous sommes aujourd’hui à 6 %). Une telle hausse des moyens permettrait d’entretenir correctement les locaux existants, mais éviterait également le recours au privé pour les nouvelles constructions – bien nécessaires, au vu de la hausse du nombre d’étudiants.

Bâtir la résistance

Nous ne pouvons pas laisser les puissants démanteler notre enseignement à leur guise. Nous devons dès à présent clamer haut et fort notre désaccord. Mais ce ne sera pas suffisant. Il nous faut nous inspirer de luttes passées, et en particulier de celles qui se sont terminées par une victoire.

À ce titre, la lutte des étudiants en médecine pour l’accès automatique à un numéro INAMI est un exemple intéressant. Si ceux-ci ont réussi à devenir une épine dans le pied de ministres, c’est en attirant la sympathie d’une large part de la population et en organisant de nombreuses actions collectives. Nous devons absolument éviter l’image d’étudiants luttant pour préserver leurs privilèges. Les étudiants doivent lutter au côté du personnel enseignant, de recherche, administratif et technique, des anciens et futures étudiants, des parents, etc. pour un système éducatif indépendant, accessible et de qualité.

De plus, l’austérité ne se limite pas à ce secteur. Elle a des conséquences partout, des écoles aux CPAS, des transports en commun à la police. Comme le montrent les importantes manifestations de ces dernières années, la mobilisation touche tous les secteurs. En fédérant les luttes, nous aurions la force de bouleverser la société de fond en comble pour l’orienter vers les besoins de la population.
La mobilisation ne fait que commencer, et le chemin est long jusqu’à la victoire finale. Mais quand on part en voyage, le plus dur n’est-il pas de passer la porte ?

Première étape franchie : rapport de l’action du lundi 17 octobre

Par Emmanuelle, étudiante à l’ULB

ulb_02McKinsey veut s’installer au sein même de notre université en échange du financement d’un nouveau bâtiment sur le Campus de la Plaine à l’ULB. Pour faire face à cette multinationale, nous avons décidé de nous rassembler devant le CA avec plusieurs autres organisations. En effet, en comptant le BEA, plusieurs cercles et syndicats, nous étions 70 ce lundi matin devant les portes du CA dans lequel les membres étaient en train de discuter l’affaire McKinsey. Les étudiants n’ayant pas été consultés, nous sommes entrés pour lire une déclaration d’opposition et scander quelques slogans tels que « McKinsey – No way ».

Ensuite, nous nous sommes réunis en assemblée pour planifier une AG mardi 25 octobre afin de décider de la suite des actions. Si vous voulez nous rejoindre, n’hésitez pas à nous contacter pour participer à la campagne, venir à l’AG ou encore lire le tract que nous avons distribué aujourd’hui et qui explique cette affaire (en savoir plus) ou même faire les trois !

En espérant vous voir nombreux pour soutenir ce mouvement à l’ULB face à la marchandisation de l’enseignement !

 

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[1]McKinsey&co, McKinsey fact sheet, 2016 (?), consulté en ligne le 15/10/2016 à l’adresse http://www.mckinsey.com/~/media/McKinsey/About%20Us/Media%20Center/McKinseymediafactsheet_29-Aug-2016.ashx.]]>