“Contre-attaquer fait une différence” – Occupation d’usine au Canada

“Contre-attaquer fait une différence ” – on pouvait lire ce slogan sur les pancartes des travailleurs qui occupaient leur ancien lieu de travail, l’usine Aradco – un des fournisseurs de Chrysler – à Windsor, dans la province de l’Ontario au Canada.

Clare Hudson, (CIO-Canada)

Après que l’usine ait fermé ses portes la semaine dernière, des syndicalistes d’Aradco et d’Aramco, toutes deux détenues par la compagnie Catalina Precision Products Ltd basée aux USA, ont rejeté la semaine dernière à 64% une offre de 200,000 dollars d’indemnité de licenciement. Il a été calculé qu’il leur est encore dû 1,7 million de dollars de primes de licenciements, de pécules de vacances et de compensations de fin de contrats. Quelle contradiction avec les 165 millions de dollars que les patrons d’A.I.G. se sont offerts en bonus !

Les travailleurs sont entrés dans le bâtiment et ont soudé l’entrée de l’intérieur pour protester contre l’offre négligeable qui leur avait été proposée. Les travailleurs savaient que s’ils ne prenaient aucune mesure, il était peu probable qu’ils obtiennent quoi que ce soit. L’option d’occuper leur lieu de travail était la dernière chose qu’ils pouvaient faire, comme les machines n’avaient pas encore été retirées. C’était le dernier pouvoir de négociation qu’il leur restait. Le responsable local du CAW (syndicat automobile canadien) a déclaré:

«Certains travailleurs ont décidé d’occuper l’usine. C’est la seule chose qu’ils ont à faire afin d’obtenir l’argent qui leur revient.»

Le mercredi 18 mars, l’occupation s’est terminée après que les représentants syndicaux aient passé un accord avec l’ancienne direction. Cet accord a offert aux travailleurs 400,000 dollars à la place des 200,000 prévus d’origine. Tout en ne remplissant pas les exigences et les besoins des travailleurs, ce fut une grande amélioration par rapport à l’offre faite au début de la semaine.

Contre-attaquer en période de récession

Ce que cette action illustre, c’est que se battre fait une importante différence. La lutte paie. Elle a aussi donné à de nombreux travailleurs canadiens confiance en leurs capacités de s’organiser pour mener une lutte victorieuse – même dans une période de récession quand beaucoup affirment qu’il n’y a rien à faire.

Le fait est que même après des paquets de sauvetage et des diminutions de taxes, l’industrie automobile a toujours des problèmes. Ces usines doivent être nationalisées. Si les industries nationalisées sont en surproduction – comme c’est le cas avec la production de voitures ou de camions – ces entreprises doivent être reconverties pour fournir les produits et les services dont a besoin la classe ouvrière.

Les pénuries d’équipement ne manquent pas dans les hôpitaux ou les écoles. De nouveaux logements abordables et de qualité devraient aussi être construits pour répondre aux problèmes des sans-abris et de la précarité qui touche de nombreux canadiens.

Les pertes d’emploi ne cessent d’augmenter au canada, jetant des centaines de milliers de travailleurs qualifiés au chômage. En janvier, 129.000 emplois ont été perdus, ce qui a fait monter le taux de chômage national à 7.2%. Presque tous ces emplois étaient à temps-pleins. Autour de 101.000 de ces emplois étaient dans l’industrie, la plus grande perte d’emploi jamais enregistrée dans le secteur.

Dans l’Ontario, ou beaucoup d’industries sont basées, a été durement frappée avec 36.000 suppressions d’emplois. La province a été suivie de celle de Québec avec 30.000 pertes d’emploi et de la Colombie-Britannique avec 18.000. Il y a également eu une brusque chute dans les chantiers immobiliers, mettant beaucoup d’ouvrier de la construction sans emploi.

Pourtant, à l’automne dernier, durant les élections fédérales, Stephen Harper, le premier ministre conservateur, a promis au Canadiens au cours de sa campagne électorale qu’ils ne souffriraient pas de la récession, que le Canada était une économie forte et qu’il n’y aurait aucun déficit dans les prochaines années.

Pour beaucoup de travailleurs et de jeunes, ces mots n’ont pas été oubliés. La colère et la frustration grandissent, alors que les effets de la crise économique mondiale s’étendent.

Le chômage augmente et un déficit de 64 milliards de dollars est estimé pour les deux prochaines années. Beaucoup de travailleurs qui tentent de réclamer l’allocation de chômage dont ils ont droit se font répondre qu’il faut attendre de nombreuses semaines pour recevoir le premier payement – laissant ainsi des milliers de travailleurs qui ont cotisé durant de nombreuses années inquiets de savoir comment rembourser leur prêt et acheter de la nourriture.

L’inflation augmente

Cette semaine, Statistics Canada a annoncé que l’inflation avait encore augmenté et atteint 1,4% alors qu’elle était déjà de 1,1% en janvier. La conséquence principale a été l’augmentation du prix de la nourriture et du logement. Les denrées alimentaires ont augmenté en moyenne de 7,4% l’année drnière. Les légumes frais ont par exemple augmenté de 25%.

Cette situation rend encore plus difficile pour les travailleurs et les jeunes de s’offrir les nécessités de base.

Bien qu’il soit vrai que le Canada n’a pas encore ressenti les effets de la crise économique à un point comparable aux USA ou à beaucoup de pays européens, il n’y a aucun doute sur le fait que l’impact, jusqu’ici, a frappé plus durement les travailleurs et les jeunes et a créé beaucoup d’incertitude quant à l’avenir. La réalité que le Canada est entrée dans une profonde récession frappe les esprits.

Mais comme les actions des travailleurs de Windsor le montrent, contre-attaquer doit être l’option. Il est plus que probable que cette occupation ne sera pas la dernière. Les syndicats à travers le pays doivent intensifier ces luttes avec des actions pour défendre les emplois et les services publics, en relation avec les travailleurs du monde entier. La nécessité d’un nouveau parti des travailleurs est une tâche urgente qui doit être construite par la classe des travailleurs et de la jeunesse au Canada pour leur permettre d’avoir les outils nécessaires pour créer une réelle opposition face à la crise du capitalisme.

Tant que vivra le système capitaliste, responsable de la crise, il n’y aura pas de fin au cercle vicieux de croissance et de récession où ce sont toujours les travailleurs qui payent le prix fort. La nécessité d’une société socialiste et démocratique n’a jamais été si urgente. La tâche assignée aux travailleurs et à la jeunesse doit être de changer la manière dont la société fonctionne – pas pour les besoins de quelques uns mais pour les besoins de la majorité – et ainsi d’assurer un avenir décent à chacun.

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