La Flandre se droitise-t-elle définitivement ?

Liste Dedecker à 16%, Vlaams Belang à 15%,…

La liste Dedecker connaît une forte croissance au nord du pays. Dans les sondages de ces derniers mois, elle est au coude à coude avec le Vlaams Belang et le dépasse même: le Vlaams Belang est à 15% tandis que la liste Dedecker fait 16%, loin devant les socialistes et les Verts. Le Belang est donc détrôné du Top 3 des grands partis flamands (qui réunit maintenant le CD&V, l’Open VLD et la LDD). Si ce score se confirme aux régionales de juin, la LDD aurait ainsi doublé ses voix par rapport au score réalisé aux fédérales de juin 2007.

Jean-Marie Dedecker, l’ancien entraîneur de l’équipe nationale de Judo, est célèbre depuis longtemps pour son caractère bien trempé. Sa liste ne tient d’ailleurs en majeure partie que sur son aura ainsi que sa rhétorique anti-establishment. Ses attaques contre la gestion politique actuelle font écho à la colère et au ressentiment largement présents dans la population.

Quoiqu’en disent les nombreux discours sur la Flandre riche et dynamique, tout le monde n’en profite pas : le chômage atteint 6,8% et est en augmentation rapide, particulièrement parmi les jeunes ; 11% des Flamands (soit 647.000 personnes) vivent en dessous du seuil de pauvreté, l’emploi précaire et à temps partiel a fortement augmenté ces dernières années,… Et la crise est déjà en train de mettre à mal la « réussite flamande ». Les partis traditionnels n’ont aucune solution concrète à proposer, une aubaine qu’exploitent le Vlaams Belang et la Liste Dedecker. Mais hors de question pour eux de s’attaquer à la politique socio-économique des partis établis, ils vont eux-mêmes beaucoup plus loin dans les attaques contre les acquis du mouvement ouvrier. Il ne reste plus donc qu’à se démarquer par la surenchère communautaire, l’anti-élitisme et l’exacerbation de la haine raciste.

Au niveau électoral, le Vlaams Belang a perdu beaucoup de voix au profit de la liste Dedecker. Cela démontre que les voix du VB n’étaient pas un vote d’adhésion totale à ses idées extrémistes, ce que nous avons toujours expliqué. Depuis les années ‘90, la part d’électeurs flottants (ceux qui font du «shopping électoral» et votent souvent de façon différente d’élection en élection) a augmenté, particulièrement en Flandre. Dans les partis traditionnels, cela a renforcé les stratégies de communication orientées vers «l’homme de la rue» qui privilégient les hommes plutôt que les idées et les programmes. Tout cela a ouvert la voie au populisme. Ce populisme est un élément plus important pour le VB que son programme politique radical.

La liste Dedecker affirmait encore l’an dernier vouloir gouverner avec le Vlaams Belang. Cette année, leur préférence va vers le CD&V et l’OpenVLD, soit les deux plus grands partis flamands. Une participation gouvernementale ne changerait rien au programme bleu foncé de la Liste Dedecker, mais l’exercice du pouvoir à long terme conduira inexorablement au déclin électoral de celle-ci, qui a un programme socio-économique encore plus agressif vis-à-vis des travailleurs et des allocataires sociaux que celui des partis traditionnels (elle veut encore augmenter les baisses de charge pour les patrons, limiter les allocations de chômage dans le temps, ne plus indexer les salaires que sur base du net et non du brut,…) . Une bonne performance de la LDD pourrait par contre mener à une nouvelle droitisation du Vlaams Belang et à la radicalisation de certains groupuscules néofascistes liés au Vlaams Belang comme Voorpost, le NSV, la NSA,…

Et en Belgique Francophone ?

Le danger du populisme de droite n’existe pas qu’au nord du pays. Le mécontentement contre la politique traditionnelle existe aussi et est illustrée par le fait qu’un parti-fantôme comme le FN (sans structure, sans véritables militants, sans travail réel,…) arrive tout de même à dépasser les 5% sans rien faire. Le problème qui se pose à un populiste de droite est qu’il doit se faire remarquer au maximum tout en s’assurant un soutien populaire avec des propositions unilatéralement favorables aux riches ! Dedecker parle ainsi le moins possible de son projet socio-économique et attaque le plus possible les autres partis. Ce ne sont pas les occasions qui manquent en Wallonie après les différents scandales qui ont récemment égratigné les partis établis (et pas seulement le PS).

On a beaucoup parlé de Rudy Aernout et de son LiDé, mais il s’y est pris comme un manche. Lui qui était déjà plus vu comme un technocrate que comme le « bon pote avec qui boire une chope » (ce qui est un peu l’image de Dedecker) a ouvertement parlé en long et en large de son programme socio-économique de droite avec des attaques contre les chômeurs (qui tombent mal à un moment de crise économique) saupoudrées de blagues douteuses sur la misère des gens. Et en termes d’anti-establishment, là aussi, il a fait fausse route et n’a pas mis longtemps avant de rejoindre le MR.

Aernout a pu bénéficier d’une large couverture médiatique, mais ses méthodes malhabiles et ouvertement opportunistes ne lui ont apporté qu’un extrêmement faible 0,4% d’intentions de vote dans le premier sondage où il était question de lui. Cela ne signifie aucunement que le danger est écarté. Tant qu’aucune force de gauche ne saura orienter le mécontentement de la population vers une lutte active et collective contre les vrais responsables de la misère (les patrons, les actionnaires et les politiciens traditionnels), une force populiste aura toujours un espace pour se développer.

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