Irlande : occupation de Waterford Crystal

Des agents de sécurité avaient spécialement été engagés pour distribuer aux travailleurs de l’usine de cristal mondialement célèbre de Waterford des lettres individuelles annonçant qu’il n’était plus nécessaire de rejoindre son poste de travail, vu que l’usine allait fermer! Mais les travailleurs ont commencé à occuper l’usine…

Kevin McLoughlin, Socialist party (CIO-Irlande), article publié le 11 février sur www.socialistworld.net

Consternés, mais profondément mécontents de la cessation de la production, les ouvriers de Waterford Crystal se sont dirigés vers le centre des visiteurs. Là, un plus grand nombre d’agents de sécurité engagés à cet effet leur ont bloqué le chemin, certains réclamant même apparemment des battes de baseball. S’ils ont cru qu’une telle intimidation étoufferait la colère des travailleurs, ils se sont lourdement trompés. Des centaines d’ouvriers ont écarté les violents. Ainsi a commencé l’occupation de l’usine de cristal de Waterford le vendredi 30 janvier.

Les travailleurs n’avaient pas d’autre alternative que l’occupation. Plus de 700 travailleurs sont employés chez Waterford Crystal, dans approximativement 500 fabriques de produits en verre de cristal. Si la fermeture de l’installation était effective, leurs droits et leur futur auraient été démantelés d’un coup.

Sept cents postes sont directement en jeu, mais indirectement il y en a beaucoup plus. La fermeture aurait aussi signifié que les compagnies qui ont encerclé Waterford Crystal comme des vautours auraient été capables de plonger et de réduire substantiellement les salaires et les conditions de travail de n’importe quelle force ouvrière embauchée.

Avec les continuels problèmes financiers de la société, un nombre considérable de travailleurs avaient été préparés à accepter le licenciement. Dans les conditions envisagées, les travailleurs détenant beaucoup d’ancienneté auraient obtenu plus de 150.000 € en guise de licenciement. Maintenant, avec la faillite, tout ce qu’ils auraient pu obtenir aurait été un paiement basique légal. La défense des pensions a aussi été un moteur crucial pour l’action des travailleurs.

Les ouvriers de Waterford Crystal n’avaient donc pas d’autre choix que d’occuper l’usine et de prendre son contrôle effectif ainsi que celui de son matériel comme moyens de lutte pour la défense de leurs droits. Cette conclusion a été tirée extrêmement vite et a reflété ce qui était en jeu, mais aussi le fait que le militantisme et les traditions de gauche parmi les verriers ne s’étaient pas éteints.

Les faillites ont doublé l’année dernière en Irlande. Cette année s’annonce pire encore, avec des estimations d’après lesquelles plus d’un tiers de toutes les entreprises sont insolvables. Dans ce cadre, la lutte de Waterford Crystal est extrêmement importante et regardée avec attention par de nombreux travailleurs.

La verrerie Waterford a d’abord été fondée en 1783. Cette année, l’usine de Wedgwood aurait célébré son 250ème anniversaire si cette socité n’avait pas été rachetée par Waterford et avait fusionné avec elle en 1986 pour 323 millions d’euros (en monnaie actuelle).

En quelques années de collaboration, toutefois, la valeur de leur fusion équivalait au moins à ce que Waterford avait payé pour l’acquisition de Wedgwood. Des dettes remontant à cette époque avaient atteint un point tellement critique qu’elles avaient paralysé la compagnie. En dépit de ces dettes, le patron a continué à collectionner les trophées, enrichissant Waterford d’encore plus de marques de renom, comme Royal Doulton, la porcelaine Rosenthal en Allemagne et All-Clad Metalcrafters aux États-Unis.

Waterford Wedgwood employait plus de 8.000 personnes dans le monde. Ses dettes atteignaient le montant de 450 millions d’euros, à peu près la moitié de la valeur des ventes annuelles. Au commencement de cette année, Bank of America a nommé un receveur pour quelques compagnies, notamment pour l’usine de Waterford et celle de Wedgwood, mais d’autres secteurs de la société, employant 5.000 travailleurs, sont toujours en activité.

Les travailleurs de Waterford paient le prix de l’instabilité financière, de la crise économique et de la mauvaise gestion flagrante. Les données sont que, si le remboursement des dettes est supprimé, l’usine de Waterford serait rentable et sa part dans le marché américain augmenterait actuellement.

Quand on arrive au centre des visiteurs actuellement occupé, à la droite de l’entrée, on peut lire sur une banderole du syndicat UNITE «Nationalisons Waterford Crystal». Quand on entre à l’intérieur de l’usine, maintenant sous le contrôle des travailleurs, on peut voir que tout est très ordonné, les ouvriers accueillent chaleureusement tout soutien et vous êtes assailli de toutes parts par des propositions de thé, de café, de sandwiches ou même de crème glacée.

Vous avez un aperçu des profondes capacités et du pouvoir de la classe des travailleurs. Ce qu’ils font, d’après la loi, est illégal, mais, comme une autre banderole l’affiche : «Les travailleurs unis ne seront jamais vaincus». L’État serait incapable de les chasser tant sont grands leur détermination et leur soutien dans la communauté. Waterford démontre qu’avec une action bien organisée et le soutien de la classe des travailleurs, on peut écarter les lois dirigées contre les syndicats ainsi que l’État.

Les travailleurs montrent leur pouvoir

Avec les travailleurs en occupation, le syndicat UNITE aurait dû immédiatement lancer une campagne pour la nationalisation, que plusieurs travailleurs soutiennent clairement. Cependant, le fait que les dirigeants syndicaux se sont exclusivement concentrés sur la recherche d’un acheteur privé démontre qu’ils ne pensent pas que la nationalisation est une option.

Les travailleurs font confiance au syndicat et acceptent la focalisation sur la recherche d’un acheteur privé en espérant que le problème sera en quelque sorte résolu. Mais il y a clairement aussi du malaise et de la peur de ce que cette solution va obtenir. Comme un travailleur le faisait remarquer dans le Waterford News & Star, «Quelque choix que nous fassions, nous allons être battus, mais avec un bâton plus doux si Clarion (une entreprise japonaise, NDT) prend le contrôle de l’usine».

La décision est au capital privé de la compagnie d’actions Clarion, l’option favorite du syndicat. Mais même les prévisions les plus optimistes sont que si Clarion prend le contrôle avec une assistance financière considérable, seulement 300 emplois peuvent être sauvés et les salaires et les conditions seront diminués. N’importe quel privé va aussi tenter d’éviter toute responsabilité pour les pensions et les coûts des licenciements.

Il est possible que les conditions que les sociétés comme Clarion peuvent offrir en matière d’emploi, de licenciement ou de paiement des pensions ne seront pas acceptables pour les travailleurs. Toutes les tentatives tendant à diviser les travailleurs et à les contraindre à un accord doivent être rejetées.

Nationalisation : la seule solution

Mais il ne s’agit pas de choisir quelle défaite est la meilleure. La nationalisation n’est pas une pensée après coup sur laquelle méditer si on ne peut trouver aucun acheteur privé. Les arguments en faveur d’une nationalisation de Waterford Crystal sont très forts. La société est viable et c’est pourquoi aucun argument ne peut justifier pour quelle raison 400 emplois devraient être perdus.

Si Clarion était sur le point d’en prendre le contrôle et même de garantir le fonctionnement de l’usine pour deux ou trois ans, il est plus probable qu’ils se seraient retirés bientôt après en laissant éventuellement un centre pour visiteurs, un magasin et juste assez d’emplois dans la construction pour l’approvisionner.

On devrait se battre pour sauver les 700 emplois. Les travailleurs licenciés devraient être remplacés par de nouveaux travailleurs et on devrait défendre les salaires et les conditions de travail, résultat obtenu par des années de lutte. La nationalisation sous le contrôle démocratique et la gestion des travailleurs est la seule voie pour garantir un véritable avenir à Waterford Crystal et à ses travailleurs.

L’idée que la nationalisation n’est pas possible est infirmée par les événements. Le gouvernement est actuellement occupé à finaliser ses 7 milliards de sauvetage de l’Allied Irish Bank et de Bank of Ireland. Ils viennent justement de nationaliser Anglo Irish Bank ! Une campagne pour demander que l’État intervienne et investisse pour défendre Waterford Crystal et l’économie du Sud-Est par une nationalisation recevrait une très large réponse publique.

Le syndicat UNITE devrait saisir cette opportunité. En menant une lutte pour la nationalisation, ils pourraient défendre la classe ouvrière de Waterford, mais aussi transformer le débat engagé sur la manière dont la crise économique devrait être traitée. Tout ce que nous entendons est une propagande pour un pacte de solidarité sociale, dans lequel la population tire d’affaire l’État et les riches.

Une lutte pour la nationalisation de Waterford Crystal pourrait être le départ d’un nouveau mouvement qui mettrait en évidence le besoin pour l’État de recourir à la richesse et aux ressources économiques pour défendre les emplois et le gagne-pain du peuple, plutôt que de tirer d’affaire les grosses entreprises et les riches.

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