UCB: 450 licenciements malgré des profits énormes

Cet après-midi, les ouvriers d’UCB en grève ont organisé un petit concert pour les familles du personnel et les sympathisants devant les portes de l’usine. Une septantaine de personnes ont profité des rythmes africains et d’une initiation à la danse. Cet évènement était une distraction bienvenue dans un conflit social qui prend base sur le licenciement de 370 employés et de 80 ouvriers pour cause de restructuration. Après le concert, nous avons discuté avec quelques membres du front commun syndical (FGTB-CSC) à propos de la grève.

Sur quoi porte exactement le conflit?

«UCB veut faire un licenciement collectif sur le site de Braine l’Alleud de l’ordre de 450 travailleurs: 370 employés et 80 ouvriers. Ce licenciement cadre dans une restructuration de l’entreprise: UCB veut changer sa stratégie sur le marché pharmaceutique. La direction dit que “tout d’un coup” elle a été confrontée à une baisse de la demande de médicaments à cause d’une modification de la politique de remboursement des médicaments. Pourtant, c’est là une évolution qui prend place depuis déjà de nombreuses années et qui était prévisible. La direction a quand même continué comme si rien ne se passait pour engranger le plus de profit possible des anciens produits avant de modifier la production. Le sort des travailleurs qui produisent ces médicaments n’était pas important : l’idée était à terme de les licencier avec un plan social minimal.»

«La direction prétend avoir voulu orienter sa production vers le marché de la biopharmaceutique. Comme si un tel changement se déroule du jour au lendemain ! Le développement d’une gamme de produits dans ce secteur prend au moins dix ans de recherche! Pour cela, UCB a racheté l’an dernier les entreprises Schwartz Pharma et CellTech en espérant pouvoir utiliser les produits de ces entreprises. Cela n’a pas marché et 450 travailleurs doivent maintenant en payer le prix» (le rachat de Schwartz Pharma et CellTech à coûté à UCB respectivement 4,4 et 2,3 milliards d’euro – ndlr).

«Malgré tout cela, UCB a toujours fait des profits : sur un chiffre d’affaires de 3,6 milliards d’euros, ils ont obtenu en 2007 100 millions de profit net. Pour 2008, le profit est même estimé à 700 millions d’euros! Les travailleurs attendaient dès lors un plan social convenable, mais ce que propose la direction est scandaleux : un ouvrier qui a travaillé pendant 25 ans pour UCB recevra 62.000 euros brut : soit pas plus de 1.000 euros net par année travaillée!»

Comment la grève a-t-elle été déclenchée et comment a-t-elle été suivie par les employés et les ouvriers?

«L’action a commencé comme une grève spontanée parmi les ouvriers, qui ne voulaient pas accepter ce plan social. Nous revendiquons dans cette situation un plan social convenable, avec de bonnes primes de départ. Dans la situation économique actuelle, ce n’est pas du tout un luxe : comment veux-tu trouver aujourd’hui un autre travail convenable en étant un travailleur de 45 ans? Les ouvriers n’ont pas accepté la situation et sont partis en grève. Leurs délégués les ont suivis et ont organisé la grève.»

«Parmi les ouvriers, la grève est générale, les différentes équipes se sont mises ensemble et ont collectivement décidé d’arrêter le travail. Il n’y a pas d’équipes pour faire tourner la production».

«Chez les employés, la situation est différente. Ils ont décidé de ne pas suivre les ouvriers dans leur action, surtout sur base de la pression qu’ils ressentent de la part de la direction. Certains militants individuels participent quand même au piquet.»

Comment se déroule la grève? Quels sont les problèmes ?

«Les problèmes sont surtout dus à l’attitude extrêmement agressive de la part de la direction. Les cadres appellent les travailleurs chez eux pour les menacer. On dit aux travailleurs qui participent à la grève qu’ils n’étaient pas initialement sur la liste de licenciements, mais qu’au vu de leur attitude « négative », ils le seront. C’est une véritable terreur intellectuelle!»

«La direction veut absolument remettre l’usine en route et utilise tous les moyens possibles : un huissier est passé, escorté de la police, pour déclarer qu’il y a des astreints de 1.000 euros par travailleur ou fournisseur qui ne peut pas rentrer. Le piquet n’a jamais été un piquet de blocage : tout le monde peut passer. Le problème c’est que seulement les employés, et les 100 travailleurs avec un CDD viennent travailler : tous les ouvriers refusent, et donc il n’y a pas de production… Mais quelle limitation scandaleuse du droit de grève!»

«La direction a alors décidé de laisser travailler les ouvriers avec un CDD dans toute la production : même s’ils n’ont aucune expérience! Une usine chimique, c’est pourtant pas un jouet! Les conséquences sont là : aujourd’hui, un ouvrier temporaire a été gravement blessé quand sa main a été bloquée dans une machine pour laquelle il n’avait aucune expérience. Il est maintenant à l’hôpital pour une opération et risque même de perdre sa main! Ceci démontre l’attitude de la direction par rapport aux travailleurs : ce ne sont pour elle que des outils qu’on peut utiliser n’importe comment et, quand on n’en a plus besoin, on les jette à la poubelle!»

«Les astreintes de la direction sont une scandale : pendant des années, comme ouvriers, nous avons tout accepté pour garantir les profits de la direction : travailler en équipe, avec toutes les conséquences pour nos vies familiales, accepter de travailler les weekends, la « polyvalence » – qui signifie qu’on peut être mis sur n’importe quel poste – une flexibilité extrême : nous avons tout accepté pour garantir la rentabilité de l’entreprise.»

«Et maintenant, la direction nous traite comme des criminels : il n’y a jamais eu de blocage, mais ils nous ont quand même envoyé un juge, un huissier et la police. Nous ne sommes quand même pas des bêtes ou des sauvages? Nous ne sommes que des êtres humains qui veulent un salaire correct et un plan social acceptable pour le travail que nous faisons. La solidarité dans le quartier est énorme : une friterie locale nous a offert ses tables et ses chaises pour qu’on puisse avoir des meubles au piquet La commune, sur demande du bourgmestre, est venue installer une tente pour que les travailleurs qui gardent le piquet pendant la nuit puissent avoir un abri contre la pluie et le froid. Nous recevrons de l’électricité d’une entreprise voisine, des habitants et magasins dans le quartier nous offrent des boissons et de la nourriture… Voilà la solidarité humaine dans la pratique.»

«Mais il y a tout de même encore une grande demande de solidarité de l’extérieur: de la part d’autres délégations syndicales, de gens, de la presse. Ce conflit est trop peu connu. Nous invitons tout le monde à notre piquet!»

UCB Braine l’Alleud se trouve sur le zoning industriel de Braine, près de la sortie Whautier-Braine sur la E19. Après la sortie, prendre en direction de Braine, continuer jusqu’aux premiers feux, tourner aux feux à droite pour rentrer dans le zoning industriel. Après le rond point à gauche, tout au bout de cette rue, se trouve UCB et le piquet de grève. (Chemin du Forest, 1420 Braine l’Alleud). Les travailleurs sont présents au piquet 24h/24, les visites de solidarité sont plus que bienvenues!

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