Où va le Vietnam?

Ecole d’Eté du CIO – 2008

Le Vietnam n’est pas un très grand pays et n’est pas si important que cela sur la scène mondiale, mais après l’intervention américaine, tous le monde sait situer ce pays dont l’influence augmente.

Le Vietnam ressemble à la Chine d’il y a dix ans. On ne peut pas encore dire que l’économie est complètement capitaliste, mais c’est la direction vers laquelle le gouvernement se dirige.

La population vietnamienne est la 2e en importance dans l’Asie du Sud-Est, dans un pays dont l’accès au fleuve Mékong lui ouvre les portes d’autres pays. De plus, Saigon est une ville de grande importance économique dans la région. Le Vietnam reste toutefois un des pays les plus pauvres au monde, mais il sort de cette situation et son rôle dans les institutions internationales augmente, de même que ses liens diplomatiques avec l’Europe ou l’Afrique. Le gouvernement essaye en fait de mettre fin à l’isolement du pays en tentant d’entretenir de bons rapports avec tout le monde.

Pour les capitalistes, les avantages sont nombreux au Vietnam, dont les deux principaux sont les bas salaires – les plus bas de la région (30 euros par mois, soit encore moins qu’en Chine) – et la stabilité. Cette stabilité s’explique par une population très homogène : 87% de la population est issue de l’ethnie Viet et l’islam radical qui pose problème aux capitalistes, en Indonésie par exemple, n’a pas d’implantation dans le pays. De plus, le Parti Communiste, auquel est incorporé la nouvelle couche capitaliste émergeante, tient les affaires sous contrôle sans qu’une communauté chinoise ne contrôle des pans entier de l’économie comme c’est le cas ailleurs en Asie du Sud-Est.

Les investissements étrangers augmentent à grande vitesse. En 2005, il y a eu 7 milliards de dollars d’investissements, pour 20 milliards déjà en 2007. Mais au cours des 4 premiers mois de cette année uniquement, cette somme a déjà été dépassée.

L’ouverture du marché a aidé le PCV a consolider son pouvoir, ce dont la nouvelle classe capitaliste émergeante a besoin pour être tranquille. Le principal problème est l’inflation, très élevée et de l’ordre de 30% (pour 16% en février), que le gouvernement n’arrive pas à juguler malgré l’interdiction faite aux entreprises publiques d’augmenter les prix. Le FMI a conseillé au Vietnam de garder des réserves monétaires pour faire face aux problèmes et donc de stopper les dépenses publiques ce qui constitue une intensification de la politique néolibérale.

Cette année, la Bourse du Vietnam a chuté au point de devenir la moins viable au monde. La flambée des prix des matières premières a fait stopper plusieurs chantiers, car les matériaux coûtent trop cher et que le budget est dépassé. Beaucoup de pêcheurs sont à quai à cause du prix du pétrole. Et même si une certaine classe moyenne se développe, 75% de la population sont toujours des paysans et l’écrasante majorité est très pauvre. 200.000 paysans sont menacés d’expulsions à cause de projets immobiliers, car l’Etat peut à tout moment expulser des gens sur les terres qui lui appartiennent. Les protestations contre cela ont été fortement réprimées. La balance commerciale est un autre élément problématique de l’économie vietnamienne, car elle est fort déficitaire, le pays devant beaucoup importer à la différence de la Chine.

Beaucoup de ceux qui réclament la démocratie pensent qu’il faut s’appuyer sur l’impérialisme et les illusions sont vastes envers la soi-disant démocratie capitaliste et l’ouverture au marché. Certains dans le Sud du pays éprouvent une nostalgie relative envers l’occupation américaine et l’idée selon laquelle il y avait plus d’emplois à l’époque. En fait beaucoup de personnes dans le sud voient le PCV comme une sorte d’autre force d’occupation, même si le Parti Communiste bénéficie encore d’un large soutien dans le reste de la population.

Le Vietnam a dû se battre successivement contre le Japon, la France, les USA, le Cambodge et la Chine. La guerre a donc duré longtemps et le Parti a dû forger des liens encore très forts avec la population en comparaison de la Chine pour s’assurer un soutien populaire continu pendant les 45 ans de guerre. Les associations de quartiers et différents collectifs existent encore et le souvenir de la guerre est très présent. Pas mal de gens pensent que si le PCV quitte le pouvoir, il y aurait une nouvelle guerre ou une séparation du pays et ils soutiennent donc le PCV malgré leurs critiques. Il y a encore ceux qui pensent que la révolution a déjà eu lieu et que lutter pour le socialisme signifie de travailler beaucoup à l’école et de bien servir le pays.

Mais la crainte face à l’introduction du capitalisme, face à ce qui se passe en Chine aussi, est largement présente, de même que l’idée que le Vietnam ne contrôle pas son économie. Ce sentiment est plus fort qu’en Chine car, après autant d’années de guerre pour l’indépendance, la fierté nationale est très forte. Les gens ne veulent pas que tous ces efforts n’aient servi à rien en fin de compte.

Le contrôle du régime et la délation freinent l’organisation de la contestation, mais la classe ouvrière grandit rapidement. Depuis le mois d’octobre 2007, une série de vagues de grèves a déferlé sur le pays. Il y a comme en Chine, mais à une échelle beaucoup plus restreinte, un phénomène de flux de paysans vers les villes, pas seulement vietnamiennes car le Vietnam exporte beaucoup de main d’œuvre, comme elle est très bon marché, vers la Malaisie, la Libye ou encore l’Europe de l’Est. C’est la couche de la population qui est la plus ouverte aux idées radicales, de par la conscience que toute l’économie dépend d’eux et de la conscience de classe que le régime diffuse par l’idéologie officielle. Mais le mouvement de classe ouvrière vietnamienne est encore faible du fait de son manque d’expérience et de l’impossibilité de s’organiser dans un syndicat indépendant.

Cependant, ce qui est encourageant, c’est que la plupart des dernières grèves ont été victorieuses et il existe un récent Comité de protection des travailleurs vietnamiens clandestin dont la direction est à l’étranger qui milite pour des droits syndicaux, a une approche clairement et fortement orientée vers la classe ouvrière et a de bons articles très précis sur la situation au Vietnam. Ils militent essentiellement parmi les travailleurs à l’extérieur du pays mais semblent disposer d’un certain soutien à l’intérieur, qui est toutefois difficile à évaluer en raison du secret qui accompagne ce type de travail. Ils ont hélas beaucoup d’illusions sur la « démocratie » bourgeoise, la manière dont fonctionnent les syndicats en Europe et aux USA et n’ont pas de vision de la nécessité de construire un parti révolutionnaire. Mais c’est déjà un premier pas important pour le mouvement ouvrier et on peut espérer que des conclusions révolutionnaires soient tirées de l’expérience de leurs luttes.

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