[BROCHURE] LUTTER CONTRE LE SEXISME EST NECESSAIRE ! (1)

Nous avons souhaité éditer une brochure sur le sexisme à l’heure des festivals, où les femmes et les jeunes filles sortent, profitent des vacances, des festivals et de la liberté, mais où elles doivent aussi malheureusement faire face à un sexisme ambiant. En effet, bien qu’au plaisir de se retrouver entre ami(e)s peut s’ajouter celui de faire de nouvelle rencontres et plus si affinités, il arrive bien souvent que les filles se retrouvent confrontées à autre chose que des relations sexuelles consenties.

Un bien triste exemple vient illustrer ces propos. Vendredi 20 juin, à la fête du rock de Flémalle, une jeune fille de 20 ans a trouvé la mort selon toute apparence en tentant d’échapper à un homme qui voulait abuser d’elle. Ce n’est malheureusement pas un cas isolé.

Il y a seulement quelques dizaines d’années, les filles ne jouissaient pas de la liberté de pouvoir rechercher du plaisir sexuel. Cette émancipation a été le fruit des luttes importantes des générations précédentes de féministes et de travailleuses pour plus d’indépendance, de liberté et d’égalité. Cependant, le sexisme n’a pas disparu avec ces évolutions, il s’est développé sous de nouvelles formes qui coexistent avec d’anciennes. Et si les capitalistes sont remarquables pour une chose, c’est sans aucun doute pour leur capacité à faire des profits avec n’importe quoi, notamment avec la rupture du tabou sur la sexualité.

Pendant plus de 20 ans, de nombreuses femmes (post féministes) ont mis en avant qu’il n’y avait plus de discriminations de genre, qu’il s’agissait alors pour les femmes de conquérir le pouvoir, de prendre les places des hommes, quitte pour cela à faire sacrifice de sa famille. Mais depuis quelques années, notamment avec la lutte contre le Pacte des Générations et les diverses attaques antisociales mises en place par nos gouvernements, cette idée d’égalité acquise vacille et il est devenu impossible pour ces post féministes de nier la réalité.

Les chiffres sortent dans la presse bourgeoise, et parlent d’eux mêmes. La dépendance financière des femmes, leur double tâche (au travail et à la maison), les incompatibilités sur le marché du travail flexible actuel entre temps plein et vie de famille, sont autant d’éléments devenus aujourd’hui incontestables.

LA DISCRIMINATION EST PARTOUT

Les femmes sont discriminées dans toutes les structures de la société.

Au travail.

Sur le marché du travail, elles se retrouvent majoritairement dans les emplois les plus précaires et les moins bien payés. Pour l’illustrer :

  1. Aujourd’hui en Belgique, les femmes gagnent en moyenne 26% de moins que le salaire d’un homme et ce chiffre atteint les 40% dans le secteur des banques et des assurances. Pour un travail équivalent elles touchent en moyenne 6% de moins à la fin du mois.
  2. 75 % des femmes travaillent dans un secteur qui reflète leur rôle traditionnel. Ainsi, les chefs d’entreprise et cadres sont composés à 28% de femme et à 72% d’hommes. Dans l’enseignement, nous trouvons 68,7 % de femmes et 31,3 % d’hommes, mais seulement 33,3% de femmes au poste de directeur. Par contre, les mannequins, vendeurs, démonstrateurs sont à 77,1´% des femmes. Dans les soins de santé et les services sociaux, il y a 77,1% de femmes pour 22,9% d’hommes et, pour le personnel de nettoyage, il y a 84,1% de femmes et 15,9% d’hommes.
  3. Le temps partiel est la plupart du temps imposé aux femmes: en Belgique 46% des femmes actives travaillent à temps partiel contre 6% des hommes actifs. Aux Pays-Bas ce chiffre atteint les 70% !
  4. 10,1% des femmes actives travaillent en ALE (4,10€ / heure) contre 3,5% des hommes actifs.

Dans ce contexte, il n’est pas étonnant de s’apercevoir que le risque de pauvreté est bien plus élevé pour les femmes que pour les hommes (27% contre 13% en Wallonie vivent dans la pauvreté, plus de 60% des plus pauvres dans le monde sont des femmes). Ainsi, en ce qui concerne les pensions : ¼ des femmes perçoit une pension de moins de 500 euros par mois contre 1/8 des hommes; 1 femme sur 3 a une pension de moins de 1000€/mois.

Cette situation implique une importante dépendance financière vis-à-vis du conjoint, qu’il est dès lors bien difficile de quitter. C’est ainsi que 80% des mères célibataires sont pauvres. Et c’est dans ce contexte également que les femmes se retrouvent les premières victimes des attaques sociales. Pour exemple, le Pacte des Générations augmente ce fossé déjà évident entre hommes et femmes. Beaucoup de femmes ne seront en effet plus capable de prendre leur retraite avant 65 ans, puisqu’elles ont le plus souvent une carrière interrompue, et que de ce fait, elles n’auront que rarement suffisamment d’années de carrière leur permettant de partir en prépension.

Concernant les patrons : le capitalisme se nourrit de cette situation puisqu’il permet à la bourgeoisie de diviser les travailleurs et de faire pression sur l’ensemble des salaires afin d’assurer un maximum de profit.

A la maison

A cela, s’ajoute une autre exploitation de la femme, celle au sein de la famille. En effet, en plus de leur emploi, elles doivent dans la majorité des foyers s’occuper du travail ménager (nourriture, ménage, enfants, gestions du foyer…), qui à 80% en moyenne est effectué par elles. Ce travail ménager constitue des milliers d’heures de travail non rémunéré et en fait, des milliards d’économie pour les Etats capitalistes. La masse mondiale du seul travail domestique féminin, gratuit et indispensable au fonctionnement d’une société, représentait, en 1995, onze milliards de dollars.

LA FEMME COMME OBJET SEXUEL

Cette faible position économique entraîne une position sociale également des plus faibles, cela engendre les violences conjugales, le harcèlement, et pousse également de nombreuses femmes vers la prostitution et la pornographie.

De manière générale, les femmes sont les premières victimes des violences morales et physiques (harcèlement, violence conjugale, mutilations, viols, …) ,1 femme sur 3 sera confrontée à une de ces violences dans sa vie. En Belgique, 1 femme sur 7 est victime de violences conjugales graves (1/5 dans l’Union Européenne) et 68% de femmes déclarent (dans une étude de1998) avoir subit de la violence physique et sexuelle. Ces chiffres ne font qu’augmenter chaque année. La violence conjugale est la première cause de mortalité prématurée des femmes en Europe.

Cette violence peut notamment s’expliquer par l’image de la femme véhiculée dans la société capitaliste. Effectivement, à la position sociale secondaire s’ajoute une image diffusée en masse: celle de la femme comme objet sexuel.

Contrairement à l’opposition sévère qu’aurait rencontré les blagues ou réflexions sexistes dans les années ‘70, aujourd’hui – à la suite de la chute du mur de Berlin et de l’offensive idéologique bourgeoise qui a suivi – le moindre signe de désapprobation face à ce genre de blague est considéré comme émanant d’une frustration, d’un manque de dérision, ou encore considéré comme une réaction conservatrice… Evidemment, nous n’avons rien contre le nu ni le sexe en tant que tels, mais bien contre leur instrumentalisation à des fins commerciales car c’est de cela qu’il s’agit. Et cela renforce le machisme. Les femmes sont ainsi incitées à accepter des comportements sexuels ne correspondant pas à leur désir mais plutôt à celui des hommes. Nous défendons la liberté sexuelle. Mais la liberté implique également le droit de dire « non » et de pouvoir s’attendre à ce que ce non soit respecté.

Cette situation permet au patronat de s’en mettre plein les poches. Le sexe se vend et fait vendre.

Le sexe se vend

L’industrie légale ou illégale du sexe n’a jamais autant prospéré et connaît une énorme explosion. De la presse pornographique, des films, des sites Internet, en passant par tous les objets les plus hétéroclites, jusqu’au tourisme sexuel, au commerce de la femme, des enfants, à la prostitution,… tous ces secteurs rapportent gros. Les multinationales en récoltent de monstrueux profits. On peut notamment voir émerger avec succès dans les Sex shops et sites de vente en ligne de DVD porno, les rayons «viols», «violences conjugales» et les arguments de vente sont sans équivoque…

La prostitution est aussi un marché qui prospère et qui est banalisé également dans les pays occidentaux. On a pu voir, aux Pays-Bas notamment, des femmes menacées de perdre leurs allocations chômage si elles n’acceptaient pas de se prostituer, ou encore en Allemagne de travailler comme serveuses nues dans un bar. Dans ces deux pays la prostitution est totalement légalisée et est considérée comme un emploi comme un autre.

La prostitution et la pornographie ne sont pas un choix comme on veut nous le faire croire. Les assainissements mènent, ici aussi, à ce que toujours plus de filles et de femmes se sentent obligées de se prostituer pour gagner un revenu. Il faut savoir que l’âge moyen d’entrée dans la prostitution se situe entre 13 et 15 ans pour plus de 80% des personnes prostituées. Et une étude montre qu’entre 90 et 95% des femmes se prostituant souhaiteraient ne plus avoir à le faire. Ce n’est pas un hasard non plus d’apprendre qu’en France, 40.000 étudiants se prostituent pour payer leurs études. Une étude américaine récente effectuée auprès de personnes prostituées dans 5 pays (USA, Zambie, Turquie, Afrique du Sud et Thaïlande) montre chez 67% de ces personnes prostituées, on trouve des troubles analogues à ceux qui ont été diagnostiqués notamment chez les vétérans de la guerre du Vietnam présentant un « syndrome de stress post-traumatique ».

Le sexe fait vendre.

Pour chaque produit (en passant de la voiture, aux soirées étudiantes, ….), les capitalistes utilisent le corps féminin pour accroître leurs chiffres de vente. C’est pourquoi on est confronté à des femmes au corps soi disant idéal (souvent dénudé) partout au quotidien.

Ce bombardement de femmes plastiques a en fait permis l’ouverture de nouveaux marchés dans lequel on investit bien plus que dans la recherche médicale et dans lequel le budget investit aux Etats-Unis est 3 fois supérieur à celui investit dans l’enseignement : il s’agit de la cosmétique. L’industrie mondiale de la beauté (maquillage, chirurgie plastique, produits de régime, etc.) est estimée à une valeur totale de 160 milliards de dollars par an.

En effet, cette image dégradante selon laquelle la femme doit «être belle et c’est tout», entraîne une multitude de conséquences graves telles que les complexes physiques qui engraissent les profits de ce nouveau marché, mais qui jouent aussi un rôle important dans le développement des maladies mortelles (la boulimie, l’anorexie,…) qui arrivent de plus en plus fréquemment. On peut voir aujourd’hui des fillettes de 8 ans entamer des régimes ou porter des strings vendus par H&M. C’est ainsi que l’on apprend qu’en Europe, seulement 1 % des jeunes femmes disent se sentir totalement satisfaites de leur corps, 54% des filles de 10 à 14 ans craignent d’être trop grosses. Une étude, faite en 2001, montre qu’être svelte signifie être attractive pour les hommes, être sexy et pouvoir faire carrière. Deux tiers des femmes considèrent que la chirurgie esthétique peut améliorer l’image qu’elles ont d’elles même.

Cette image véhiculée justifie les comportements machistes des hommes envers les femmes. Elle justifie également le fait que les femmes doivent être belles pour être embauchées. Cela se remarque d’ailleurs chez certaines politiciennes mettant en avant leur physique plutôt que leur programme lors des campagnes électorales (tel que Freya Van den Bossche, SP.a, ex-Ministre du Budget qui mettait en avant ses jambes sur les affiches électorales pendant sa première campagne).

La principale conséquence est que les femmes sont regardées en premier lieu comme un objet sexuel, puis en second seulement comme un être normal, pensant. Et c’est ainsi que dans toutes les sphères de la société les femmes subissent le sexisme.


La deuxième partie de cette brochure sera publiée demain

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