Regarder l’expérience de 60-61 pour les luttes d’aujourd’hui…

Plus de pouvoir d’achat par plus de salaire

En route ce lundi 30 juin vers Bruxelles pour une nouvelle action pour le pouvoir d’achat, nous avons pu discuter avec une partie de la délégation de l’entreprise S.A. Prayon, spécialisée dans la production d’engrais à usage agricole et dans les produits chimiques. A plus d’un titre, ils ont reflété dans leurs propos ce que nous avons pu entendre par la suite de la bouche de travailleurs au cours de cette action qui a rassemblé environ 1.500 personnes. Quelques extraits…

Peu de délégations avaient autant mobilisé les travailleurs de leur société. Et au cours de la manifestation, nous avons aussi pu retrouver les travailleurs de Prayon au cœur des groupes les plus actifs pour scander les slogans ou encore parmi ceux qui réclamaient plus d’actions, à côté des rencontres avec les représentants de la Fédération Belge du Pétrole par exemple. Cela n’a finalement fait qu’illustrer les propos entendus dans le train Liège-Bruxelles.

Une délégation combative

Comme ils l’avaient alors répété, ils ont la chance d’avoir dans leur entreprise un bon noyau de militants, motivés, avec des jeunes dont certains sont, depuis les dernières élections sociales, impliqués au premier chef dans le travail de la délégation syndicale. Cela ne s’est pas fait au hasard. Un jeune suppléant explique que ce qui a permis de lancer ce noyau, c’est de l’avoir "construit sur base de l’héritage des anciens", en discutant des luttes du passé, des acquis sociaux obtenus et de la manière dont il a fallu se battre pour les arracher.

Pour cela, ils disposent d’un local syndical ouvert à tous, FGTB ou CSC, syndiqués ou pas, ainsi que d’un comité d’usine pour les militants FGTB qui se réunit une fois le mois. De nombreux problèmes spécifiques à l’entreprise ou plus globaux (le pouvoir d’achat par exemple) peuvent ainsi être abordés et cela participe à la politisation des travailleurs. Au cours de notre trop brève discussion d’ailleurs, les avis ont fusé à toute vitesse, de la part de chacun, et tous dans une même direction: celle de la volonté de continuer à se battre en élargissant le mouvement au maximum.

La semaine d’action de juin a lancé une dynamique

"Si on est là aujourd’hui, explique le délégué, c’est pour marquer le coup avant les vacances. La mobilisation n’est pas grande, mais c’est quand même une manière de maintenir la pression après la semaine d’action sur le pouvoir d’achat du 9 juin et les autres manifestations."

"La participation le 9 juin était bonne (il y a eu 25.000 manifestants à Liège, NDLR) et on sent maintenant l’envie d’aller plus loin, de faire un vrai mouvement et de ne pas se contenter d’une promenade organisée. Cela a suscité beaucoup de discussions chez nous, c’est dommage que certains endroits en aient moins fait."

La discussion s’est à ce moment engagée sur les actions de Gand (le concert de "foodstock") et de Courtrai (la ballade à vélo). "Ce que les travailleurs attendent, a continué un travailleur, c’est un mot d’ordre de grève générale, et pas de 24 heures, d’au moins 3 jours."

Un autre, qui a connu la "grève du siècle" a alors rajouté : "Si les directions syndicales veulent faire quelque chose, alors il faut interroger ceux de 60-61. C’est de ça qu’on a besoin aujourd’hui, si tout le monde s’y met en même temps, on est invincibles. Un gouvernement ne comprend que le rapport de force. Pourquoi les camionneurs ont-ils étés traités différemment que les 100.000 manifestants de la semaine pour le pouvoir d’achat ? Ils sont capables de bloquer tout le pays. Nous, pour l’instant, on est trop gentils, les manifestations ne suffisent pas. A l’époque de la Marche Blanche, on était 300.000 dans les rues. On nous avait beaucoup promis. Mais aujourd’hui, il reste quoi de ces promesses ? Avec les transports en commun en grève et le reste qui suit, là, on aurait quelque chose."

La discussion s’est ensuite poursuivie sur la nécessité d’aller vers les usagers pour leur expliquer le pourquoi du mouvement de grève et pour les impliquer eux-aussi au maximum dans les mobilisations. Chacun peut remarquer que les médias traditionnels ne sont pas objectifs ("et pas que "MR"TL-TVI") et que l’on ne peut pas compter sur eux. De nombreuses études qui voulaient nous convaincre que le problème de la baisse du pouvoir d’achat est une question d’ambiance et pas un fait ont largement pu bénéficier de l’attention des médias, mais leur impact est limité. "La plupart de ceux qui dirigent ces études, avec leurs salaires, ne doivent pas être concernés par la problématique. Mais, dans la réalité, quand on a fini de payer le minimum vital (nourriture, transports, électricité, gaz,…), on ne s’en sort plus. Pour les jeunes, démarrer dans la vie, c’est très dur. Et maintenant on fait de prêts pour 40 ans! Voir plus dans certains pays!"

Un bref regard sur le ticket de train suffisait d’ailleurs à illustrer la discussion : plus de 25 euros pour un aller-retour vers Bruxelles à partir de Liège…

La discussion s’est ensuite poursuivie sur l’index, non seulement à préserver, mais surtout à rétablir après les différentes attaques qu’il a subit (les sauts d’index, la manipulation du panier de référence, l’index-santé,…). "Il faut aussi voir comment on peut réaliser un contrôle des prix efficace. Même le pain augmente rapidement. Et ça, c’est un bon indicateur de la santé d’une société. En 1789, les gens ne se sont pas soulevés pour des idées, mais pour du pain, pour manger. Les gens recommencent à avoir faim et on se dirige maintenant vers un nouveau 1789…"

Quant aux réductions de taxes, les avis sont mitigés : "Des mesures comme de descendre la TVA de 21 à 6% comme on va le réclamer aujourd’hui, c’est déjà bien, mais il faut aller beaucoup plus loin pour le pouvoir d’achat. En termes de salaires notamment. Ce qui est certain, c’est que les diminutions fiscales ne sont absolument pas une solution. Quand Reynders dit qu’il veut diminuer les impôts, c’est encore une fois avec les intérêts des riches en tête. Mais malgré tout, faute d’opposition politique, Reynders touche les gens. Après les diminutions de taxes, comment il va faire pour boucher le trou ? Là, il ne dira rien, parce que ce sera pour notre pomme. Taxer les plus hauts revenus par contre, on ne l’entendra jamais en parler…"

L’arrivée du train en gare nous a finalement stoppé, mais nous nous reverrons encore pour de prochaines mobilisations, comme d’autres délégations combatives à travers le pays. Reste maintenant à ce qu’elles s’organisent ensemble en un réseau de syndicalistes combatifs pour renforcer l’impact de leurs positions afin de pousser le mouvement plus loin.



Le MAS propose de considérer les revendications suivantes :

  • Plus de pouvoir d’achat par plus de salaire et des allocations liées au bien-être, pour que nous ne payons pas nous-mêmes nos augmentations comme avec des réductions de taxes : 1€ de plus par heure
  • Un index qui reflète réellement le coût de la vie, pas d’accords all-in
  • Abolition de la norme salariale, des accords interprofessionnels comme dans le passé, avec un seuil salarial et non un plafond (un minimum qui revient à tous, pour que les secteurs faibles puissent en bénéficier également)
  • Pour les collègues qui tombent hors de l’AIP: casser tout les accords salariaux de plus de 2 ans, tel que l’accord 2005-2010 dans le non-marchand
  • Une suppression de la TVA sur les produits de première nécessité
  • Un plan massif de construction de logements sociaux publics

Pour financer cela :

  • Une forte répression de la grande fraude fiscale
  • Un impôt sur les grandes fortunes

Ces dernières mois, nous avons pu constater à quel point il est désastreux de laisser des secteurs-clés tels que l’énergie et les banques à l’avidité du secteur privé. Quand des grandes banques se trouvent en difficulté, l’Etat peut alors soudainement intervenir. Pour nous, le contrôle de tels secteurs revient à la collectivité. Nous plaidons donc pour leur nationalisation sous le contrôle démocratique du mouvement ouvrier et de toute la collectivité.

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