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Stop TTIP – Stop à la dictature des multinationales

<![CDATA[TTIP02Bien que le contenu du TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership, traité de libre-échange transatlantique) ne soit pas encore connu dans son entièreté, ses grandes lignes sont claires : tout le pouvoir aux actionnaires ! Les autorités européennes et étasuniennes prétendent qu’il est nécessaire de le soutenir afin de ‘‘relancer l’économie’’ et de ‘‘créer de l’emploi’’… sur base des recettes à la base même de la crise économique et du chômage structurel qui sévit depuis plusieurs décennies !

Par Julien (Bruxelles)

Envie de poulet au chlore dans vos assiettes ?

TTIP01Que nous propose le TTIP ? Créer la plus vaste zone de libre-échange au monde entre l’Union européenne et les États-Unis. S’il est voté, il couvrira près de la moitié du PIB mondial (45,5%, Royaume-Uni y compris). En 2006, le Parlement européen expliquait que ce traité visait à ‘‘harmoniser les réglementations’’ en poussant les États à adapter leurs lois selon les besoins des entreprises. L’idée centrale est de pouvoir considérer les législations environnementales, sanitaires et autres codes du travail comme de potentiels freins à la libre entreprise.

Il est même question de permettre aux multinationales de poursuivre en justice les litiges entre États et entreprises devant des tribunaux spéciaux. Si un État instaure une loi capable de diminuer les profits d’une multinationale (qu’elle soit américaine ou européenne), l’État pourra être condamné à de lourdes sanctions ! Les actionnaires auraient ainsi le droit d’interférer directement dans les lois ou les services publics d’un pays dès lors que ses profits à venir seraient quelque peu menacés, le tout sous le regard complaisant de ces tribunaux spéciaux sur lesquels nous n’aurons aucun contrôle. La logique est à sens unique, les multinationales n’auraient bien entendu aucune obligation vis-à-vis des États.

Il existe déjà une flopée d’exemples d’États condamnés via ces fameux tribunaux spéciaux dans diverses régions du monde : l’Égypte pour avoir voulu augmenter le salaire minimum, le Pérou pour avoir voulu limiter les émissions toxiques, l’Uruguay et l’Australie pour leur politique anti-tabac, le Canada pour avoir réformé le système des brevets pharmaceutiques pour rendre certains médicaments plus abordables ou encore l’Allemagne pour sa promesse de sortie du nucléaire. Santé, environnement, salaire, etc. : tout sera soumis à la volonté des actionnaires le plus légalement du monde.

Le TTIP permettrait également à la multinationale Monsanto d’imposer ses produits OGM dans toutes nos assiettes tout en nous empêchant de concrètement savoir ce que l’on mange. Le groupe Yum (propriétaire entre autres de la chaine de restaurant KFC) désire quant à lui lever les interdictions européennes de désinfecter les poulets avec du chlore. Côté vie privée, cette citation de l’USCIB (un groupement de sociétés américaines) vaut mieux qu’un long discours : ‘‘l’accord devrait chercher à circonscrire les exceptions comme la sécurité et la vie privée, afin d’assurer qu’elles ne servent pas d’entraves déguisées au commerce.’’ Concernant la finance : le TTIP prévoit la suppression de toute réglementation du secteur. Et des exemples comme cela, il y en a à la pelle. ‘‘Démocratie’’, ça voulait pas dire ‘‘pouvoir au peuple’’ en grec ?

Mais pourquoi ‘‘nos élus’’ soutiennent-ils ce texte ?

Comment se fait-il que la majorité des politiciens et des gouvernements semblent prêts à soutenir ce texte qui limiterait leur pouvoir de décision ? Certains sont tout simplement achetés. D’autres sont déjà de gros actionnaires ou attendent de finir leur carrière dans un conseil d’administration, à l’exemple de l’ancien Premier ministre belge Jean-Luc Dehaene (1991-1999) qui s’est retrouvé à la direction de la multinationale brassicole InBev en 2001. Mais cela n’explique pas tout.

À la base de la société, il y a la manière dont l’économie est organisée. Aujourd’hui, l’économie repose sur la concurrence plutôt que sur la collaboration et la solidarité, sur la course au profit des actionnaires plutôt que sur le respect des droits humains et environnementaux. Tant que l’ADN de la société actuelle et la logique de compétitivité ne sont pas fondamentalement remis en cause, impossible de sortir de l’idée que ‘‘nos’’ entreprises doivent être les mieux armées face aux autres. Quitte à sabrer dans les conditions de travail et de vie ? ‘‘Que voulez-vous ! On ne peut rien y faire ! Et sans ça, ce serait encore pire…’’ Le moteur de la soumission de certains politiciens au marché ‘‘libre’’ résulte de l’avidité la plus crasse de l’argent ou du prestige. Chez d’autres, c’est tout simplement l’absence d’alternative et le triste désarroi qui en découle.

Ces politiciens considèrent donc essentiellement leur travail, avec plus ou moins d’enthousiasme, comme une recherche effrénée des mesures les plus astucieuses pour ‘‘attirer les investisseurs’’. Après tout, n’est-ce pas de cette manière que l’on peut protéger l’emploi ? Sauf que ça ne marche pas, mais alors pas du tout ! Les résultats de la politique économique dominante de ces dernières décennies sont catastrophiques. Les élites politiques et économiques font penser à ces images d’apothicaires et médecins des siècles passés, avec leurs chapeaux noirs et leurs collerettes blanches, dont la solution passait systématiquement par une multitude de sangsues posées sur le dos des malades.

Passons à une médecine économique digne des capacités actuelles !

Depuis cette époque, la médecine a fait des pas de géant en avant. Quand on s’y intéresse un peu, les capacités techniques et scientifiques actuelles donnent le tournis. Mais elles restent bridées par la camisole de force de la logique de profit. L’objectif des multinationales n’est pas de faire avancer la société humaine, ses connaissances et son bien-être. Il est de faire du profit ; à tout prix. Quitte à revenir sur des conquêtes sociales historiques comme la journée des 8 heures. Quitte à sacrifier la forêt amazonienne, les peuples indigènes qui y vivent et les nombreux mystères médicaux et autres que représente son écosystème. Quitte à détruire nos services sociaux, etc. Le maître mot des autorités capitalistes, c’est ‘‘l’harmonisation’’. Harmonisation des salaires, des conditions de vie,… vers le bas bien sûr ! La logique que nous défendons est exactement inverse. Entre ces deux approches, il n’y a rien de conciliable.

Imaginons un instant que les secteurs-clés de l’économie tels que la finance, la recherche scientifique, la grande distribution, la pharmacie,… puissent fonctionner en harmonie, sur base d’un partage de savoirs, avec l’implication dans la gestion et la prise de décision des travailleurs concernés, des usagers, etc. L’avenir est de suite teinté de couleurs moins sombres, non ?

Mais nous ne contrôlons pas ce que nous ne possédons pas. Parvenir à construire un tel futur implique de se battre pour arracher les leviers de commande de la société des mains des multinationales et des grands actionnaires par leur expropriation et leur nationalisation sous contrôle et gestion démocratiques afin de pouvoir faire fonctionner l’économie de manière rationnelle, c’est-à-dire planifiée. Les défenseurs du capitalisme brandiront immédiatement la sanglante caricature qu’a été l’Union Soviétique. L’économie y était effectivement nationalisée et planifiée. Mais par une monstrueuse dictature bureaucratique. Comme le disait Léon Trotsky, opposant de la première heure à Staline : ‘‘une économie planifiée a besoin de démocratie comme le corps humain a besoin d’oxygène.’’ Nous ne voulons pas déplacer le pouvoir des conseils d’administration d’entreprise à une couche parasitaire de bureaucrates. Nous défendons une société socialiste démocratique.

Jamais il n’y a eu autant de richesses qu’aujourd’hui. Mais elles n’ont jamais été aussi inéquitablement réparties. Ces moyens pourraient être utilisés pour satisfaire les besoins sociaux, pour créer des logements sociaux bien isolés et le plus énergétiquement neutre possible, pour massivement refinancer l’enseignement et l’orienter vers le développement personnel de chacun et non vers les intérêts du marché, pour développer les soins de santé et les structures d’accueil pour nos aînés ou encore pour s’en prendre aux dégâts causés par l’économie capitaliste à l’environnement et aux relations humaines. Il serait aussi possible de répartir le temps de travail entre tous, pour travailler moins et vivre mieux.

L’utopiste, c’est celui qui croit en l’avenir du capitalisme !

Les traités transatlantiques (TTIP et CETA) sont des exemples parmi d’autres du cauchemar que réserve ce système aux générations futures. À nous d’organiser notre colère pour mener victorieusement la bataille pour une autre société. ‘‘Nos dirigeants’’ veulent monter les travailleurs et les pauvres de chaque pays les uns contre les autres. Mais nous avons beaucoup plus en commun avec un ouvrier américain ou tunisien qu’avec un capitaliste belge ! C’est pourquoi le PSL fait partie d’un instrument de lutte mondial, le Comité pour une Internationale Ouvrière. Notre parti-frère ‘Socialist Alternative’ participe ainsi activement à la lutte contre le TTIP et autres traités de libre-échange aux États-Unis.

Le TTIP est une bataille, mais l’offensive antisociale est bien plus large. Les divers projets de casse de la législation du travail comme la loi Peeters en Belgique ou la loi El Khomri en France adressent le même message aux entreprises : ‘‘venez, nous adaptons nos lois pour vos profits ! ’’ Luttons tous ensemble contre le système à la base de ces horreurs !
Le mardi 20 septembre à 17 h, une manifestation nationale est prévue à Bruxelles contre le TTIP et le CETA, dans le quartier européen (plus d’informations sur socialisme.be). Le 29 du même mois, une manifestation de masse du front commun syndical est organisée contre la Loi Travail et le gouvernement Michel, suivie le 7 octobre par une journée de grève générale. Ces actions sont liées. Lutter contre les 45h, c’est aussi lutter contre le TTIP, et c’est lutter contre le capitalisme.]]>