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[ARCHIVES] Jeux Olympiques, big business et dictature

<![CDATA[Olympic_rings_with_transparent_rims.svgAux Jeux Olympiques, bien plus que les idéaux auto-déclarés d’internationalisme et de « fair play », ce sont deux forces à priori contradictoires qui sont à l’œuvre : le nationalisme et la mondialisation capitaliste.

Par chinaworker.info, article initialement publié en 2008 à l’occasion des Jeux Olympiques de Pékin

« Le vainqueur de Pékin, c’est le big business » a titré la BBC en juillet 2001. La Chine venait juste de se voir attribuer les Jeux Olympiques de 2008. Les Jeux Olympiques ne sont pas simplement la manifestation sportive la plus prestigieuse au monde ; c’est aussi l’un des empires du marketing les plus aboutis de l’histoire du capitalisme. Le symbole olympique – cinq anneaux reliés représentant les cinq continents – est un logos parmi les plus reconnaissables et les plus étroitement gardés des logos de corporations et de compagnies. Le petit cercle non-élu et discret qui dirige les Jeux Olympiques, les 110 membres du Comité International Olympique (CIO), contrôle des ressources financières énormes et est courtisé par les gouvernements et les chefs d’entreprises du monde entier. L’ancien président du CIO, Juan Antonio Samaranch, insistait sur le fait qu’on devait s’adresser à lui en l’appelant « votre Excellence ». Sa mégalomanie a inspiré son surnom : « le seigneur des anneaux ».

Les Jeux Olympiques de Pékin devraient rapporter quelques 2.5 milliards de dollars uniquement en droits de diffusion télévisés. Pour la période qui va aller jusqu’aux Jeux Olympiques de Londres en 2012, Jeux compris, cette somme devrait atteindre les 3 milliards. La dernière fois que les Jeux se sont déroulés à Londres, en 1948, la BBC avait accepté de payer 3.000 dollars pour téléviser l’événement. Mais le Comité olympique britannique n’a jamais encaissé le chèque, en considération pour la situation financière délicate de la BBC à l’époque!

Tout cela, c’était avant que les Jeux Olympiques et les autres manifestations sportives importantes ne soient tombés sous l’emprise du big business. L’incorporation des JO dans les affaires a eu lieu sous le mandat de Samaranch, président du CIO de 1980 à 2001. La première olympiade qui s’est tenue sous le régime ultra-commercial de Samaranch était en 1984, à Los Angeles. A partir de ce moment, les droits d’émissions pour la télévision ont augmenté drastiquement : « plus vite, plus fort, plus haut », selon la devise olympique officielle. Les revenus tirés des droits d’émissions pour les JO de Pékin atteignent presque 10 fois les 287 millions de dollars payés pour les JO de Los Angeles…

Sans surprise, avec des milliards de dollars en « jeu », le CIO a acquis une réputation de corruption. Un scandale important a secoué le mouvement olympique en 1999 à l’occasion des JO d’hiver de Salt Lake City. Plusieurs enquêtes, dont une du ministère américain de la justice, ont conduit à l’expulsion de dix membres du CIO qui avaient été « attrapés les mains dans le sac », selon le New York Times. Ils avaient accepté des pots-de-vin sous formes d’immobilier, de vacances payées, de chirurgie plastique et d’entrée gratuite dans des universités pour leurs enfants. Le scandale a coûté son job au maire de Salt Lake City, mais le dirigeant du CIO, Samaranch, a survécu au scandale.

Ce scandale a dévoilé le manque de transparence des JO, l’absence de responsabilité démocratique de son conseil d’administration et les nombreux liens entretenus avec le monde des affaires. Un débat intense a fait rage pour savoir si le CIO pouvait lui-même se réformer – des discussions faisant écho à celles sur le futur du Parti « Communiste » Chinois (PCC). La corruption et les scandales ont cependant continué à envelopper le mouvement olympique longtemps après le départ de Samaranch. En 2006, la ville japonaise de Nagano a été accusée d’avoir dépensé des millions de dollars pour « un niveau illégitime et excessif d’hospitalité » en faveur des membres du CIO. Nagano a dépensé plus de 4,4 millions de dollars pour entretenir les membres du CIO durant les JO, soit 46.500 dollars par personne.

Le gouvernement chinois, le CIO et ses partenaires commerciaux ont beaucoup en commun. Ils sont tous antidémocratiques, élitistes, et membres d’organisations la plupart du temps corrompues. Le CIO, surnommé « le Club », n’est pas un corps élu – les membres du CIO en fonction choisissent les nouveaux, un système pas si différent de celui en application au sein du PCC. L’idée selon laquelle les Jeux Olympiques, commandés par un régime autoritaire, pourraient être un agent de changement démocratique pour la Chine est extrêmement risible. Le CIO ne souffre d’aucune contestation. A l’approche des JO de Berlin en 1936, accueillis par le régime nazi, Ernest Lee Jahncke, un représentant américain du CIO, a publiquement appelé au boycott des JO. Il a été exclu en 1935, seul cas d’expulsion dans l’histoire de cette organisation jusqu’au scandale de corruption de Salt Lake City un demi-siècle plus tard.

« Rejoindre le monde »

Des calculs commerciaux mais aussi géopolitiques sont à la base de la décision du CIO de juillet 2001 qui a attribué les JO de 2008 à Pékin. Les sponsors des Jeux Olympiques – notamment Coca-Cola, Adidas et McDonald – déliraient littéralement sur les opportunités qu’offrait une telle occasion pour se positionner sur un marché potentiel de 1,3 milliard de personnes. Un lobby puissant de multinationales avait jeté son poids dans la balance pour Pékin, avec des entreprises américaines contribuant à deux-tiers des fonds pour l’offre chinoise, qui a monté jusqu’à 40 millions de dollars. Le régime chinois avait échoué huit ans plus tôt pour les Jeux Olympiques de 2000. Cette année là, c’est Sydney qui l’a emporté, le massacre de 1989 à Pékin étant encore relativement frais et a pesé contre la Chine.

En 2001, cependant, Samaranch a été accusé de « tirer les ficelles dans les coulisses pour assurer que Pékin remporte les Jeux ». Évidemment, c’était le membre du CIO du Canada qui a introduit cette réclamation en soutenant l’autre principal candidat, Toronto. Samaranch a affirmé que les Jeux Olympiques ouvriraient « une nouvelle ère pour la Chine. » Henry Kissinger, membre auxiliaire (sans droit de vote) du CIO et maillon-clé entre le capitalisme américain et les dirigeants chinois, a qualifié la décision olympique d’étape « très importante dans l’évolution de la relation de la Chine avec le monde. Je pense qu’il y aura un impact important en Chine et, plus généralement, que cela aura un impact positif dans le sens de les inciter à avoir une conduite modérée internationalement et à l’intérieur de leur pays dans les années à venir. »

La décision du CIO a coïncidé avec les négociations finales qui ont intégré la Chine dans l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), à des conditions très dures qui ont coûté bien davantage en ouverture de marché à la Chine que pour n’importe quel autre pays en voie de développement. Les détails de ces négociations et des concessions faites du côté chinois sont aujourd’hui encore un secret d’Etat en Chine – un journaliste risque l’emprisonnement en cherchant trop loin sur ce sujet. Rejoindre l’OMC a signifié de supprimer « les dernières barrières entre la Chine et les forces de la mondialisation » a commenté l’ancien correspondant en Chine du journal The Guardian, John Gittings. Ces deux décisions importantes partageaient un objectif stratégique semblable – attacher la Chine plus fermement au système capitaliste global.

Pour les dirigeants chinois, ces deux décisions ont été vues comme des piliers importants afin de poursuivre leur politique de « réforme et d’ouverture » de plus en plus néo-libérale. Comme C. Fred Bergsten l’a précisé dans Foreign Affairs (en juillet 2008): « Pékin a non seulement supporté des négociations prolongées et un ensemble de conditions très large afin de faire partie de l’OMC mais a également employé les règles pro-marché de cette institution pour surmonter la résistance parmi les conservateurs en Chine. »

Cette politique, y compris la privatisation et la réduction de la taille d’anciennes entreprises publiques ainsi que l’ouverture au marché de services publics comme l’enseignement et les soins de santé, se déroule sur fond de résistance croissante de la part de la classe ouvrière. La nouvelle que Pékin allait accueillir les Jeux Olympiques a fourni une distraction publique tombée à point pour le régime, en aidant à faire passer la pilule pour davantage de mondialisation néo-libérale. Des gigantesques célébrations ont été organisées une fois la décision du CIO devenue publique, avec probablement 200.000 personnes Place Tiananmen à Pékin, la plupart du temps issus des classes moyennes. Une vague de fierté nationaliste mélangée à l’espérance a ainsi été orchestrée par le gouvernement sur le thème « la Chine rejoint le monde », en réclamant son droit légitime de superpuissance économique. Le fonctionnaire olympique de Pékin, Wang Wei, a qualifié tout cela comme une « autre étape importante dans la hausse du statut international de la Chine et un événement historique dans la grande Renaissance de la nation chinoise. »

Comme pour tout ce que fait le PCC, son attention est principalement portée sur ce qui se passe à l’intérieur des frontières de la Chine. Comme The Economist l’a expliqué, le PCC est « davantage concerné par ses propres problèmes internes plutôt que par des tentatives d’influencer les pays lointains. » Pour un parti dirigeant autoritaire luttant pour garder le contrôle sur une société complexe et pour tenir ses propres forces ensemble, les Jeux Olympiques sont une arme puissante, du nationalisme en stéroïdes en quelques sortes. Si la Chine remplace les Etats-Unis en gagnant plus de médailles, ce sera instrumentalisé pour donner l’image d’un pays sur lequel souffle le progrès économique et social sous la direction de la dictature actuelle.

Multinationales

Le paradoxe d’un régime nominalement « communiste » qui reçoit un énorme soutien des plus grandes entreprises au monde est résumé dans ces Jeux Olympiques. Un groupe très « sélect » constitué de douze grandes multinationales, dont Adidas, Coca-Cola, Samsung et General Electric, ont versé chacune en moyenne 72 millions de dollars au CIO pour devenir les sponsors les plus en vue des JO de Pékin.

Pour de telles compagnies, le sponsor olympique et la publicité peuvent jouer un rôle décisif. Comme l’a dit le People’s Daily; « les Jeux Olympiques sont plus qu’une arène de sports, c’est un champ de bataille pour des multinationales. » L’entreprise américaine Kodak a utilisé sa place de sponsor des Jeux d’hiver de Nagano en 1998 comme un levier pour s’introduire sur le marché japonais du film photographique, précédemment monopolisé par Fuji. Le sponsoring de Visa International à chaque JO depuis 1986 l’a aidé à dépasser American Express en tant que principale compagnie de carte de crédit aux Etats-Unis. Selon les règles olympiques, seule une entreprise de chaque secteur est acceptée comme sponsor. Ceci explique pourquoi Pepsi Co a toujours eu les portes des JO fermées – Coca-Cola a été associé à chaque Jeux Olympiques depuis 1928. Cet arrangement exclusif s’étend à la publicité et à la vente de tous les produits olympiques, où Coca-Cola dispose d’un monopole. On pouvait lire dans la campagne publicitaire de Visa à l’époque des JO d’hiver de Calgary en 1988 « ils honoreront la vitesse, la vigueur et la compétence. Mais pas American Express. »

Cette bataille est arrivée sur le sol chinois, où elle éclipse complètement les jeux eux-mêmes. « Les sponsors olympiques disposent de budgets énormes pour se lancer en Chine » a déclaré un annonceur de Hong Kong. « Quand la torche olympique sera en Chine, chaque ville qui la verra passer sera pleine de logos des sponsors » a-t-il encore dit. C’est un motif important qui explique pourquoi ceux qui ont planifié le parcours de la torche ont choisi le plus long trajet de l’histoire des Jeux Olympiques, c’est-à-dire 137.000 kilomètres, soit trois fois et demi la circonférence de la terre. Historiquement, avant de devenir une aubaine publicitaire, le relais de la torche a commencé en 1936 comme symbole du triomphe du nazisme. Ce rituel n’a rien à voir avec l’internationalisme. Au contraire, c’est un indice des liens historiques puissants entre le mouvement olympique et les régimes fascistes et autoritaires.

« L’idée d’allumer la torche à l’emplacement olympique antique en Grèce et puis de la faire parcourir différents pays a des origines beaucoup plus sombres. Elle a été inventée sous sa forme moderne par les organisateurs des Jeux Olympiques de 1936 à Berlin. Et le parcours avait été planifié avec un soin immense par les dirigeants nazis pour donner l’image d’un Troisième Reich moderne, économiquement dynamique avec une influence internationale grandissante. » [BBC, 5 avril 2008]

En Chine, le gouvernement a soufflé sur les braises de « l’Olympic fever » en essayant ainsi de couper court au mécontentement grandissant qui constitue de plus en plus une menace grave à son pouvoir. Le régime espère de plus que les Jeux Olympiques aideront à déclencher une augmentation de la consommation afin d’absorber le choc de la diminution de la demande externe consécutive au ralentissement de l’économie mondiale. La Chine souffre d’un taux de consommation intérieur anormalement bas – même les Indiens consomment plus en terme de part du Produit Intérieur Brut (PIB). En fait, jamais les salaires n’ont suivi la courbe de la croissance globale de l’économie. En part du PIB, les salaires sont tombés de 53% en 1998 à 41% en 2007, un des déclins les plus aigus au monde (et ceci au cours de la période de préparation des Jeux de Pékin).

En plus des campagnes de ventes massives des multinationales sponsors olympiques, plus de 5.000 produits ont été introduits sur le marché avec le logo des Jeux Olympiques de Pékin. Cela comprend des habits, des poupées de la mascotte, des porte-clefs, et même des bâtons commémoratifs. Bon nombre de ces produits olympiques officiels ont été faits dans des usines qui ont recours au travail des enfants ou qui violent d’autres lois.

Pour chacune des compagnies du OPP (Olympic Partner Programme), la Chine représente un enjeu énorme et elles s’attendent à ce que leurs investissements olympiques soient récompensés en termes de part de marché. Coca-Cola domine le marché chinois des boissons non alcoolisées et a été la première compagnie américaine à s’installer en Chine, dès 1979, quand Deng Xiaoping a ouvert le pays aux entreprises étrangères. Coca-Cola a 30.000 employés en Chine, qui est son quatrième plus grand marché, et le plus rentable. General Electric, une autre compagnie du OPP, fournit l’énergie et les systèmes d’éclairage des Jeux de Pékin. Cette entreprise a également des parts dans la société NBC Universal, qui détient des droits exclusifs d’émissions des Jeux Olympiques pour les Etats-Unis, qu’elle a payé presque 900 millions de dollars. Entre 2001 et 2006, les ventes de General Electric en Chine ont quadruplé.

Casseurs de syndicats

Adidas, autre OPP de longue date, a vu ses ventes en Chine augmenter de 45% en 2007, ce qu’il faut comparer aux 5% de croissance atteints en Europe. Adidas vise un chiffre d’affaires d’un milliard d’euros en Chine d’ici 2010. Le géant allemand des vêtements de sport produit la majeure partie de sa production en Chine, mais là nous parlons d’une autre catégorie de la population chinoise que celle qui achète ces produits. Les travailleurs sous-payés qui confectionnent les baskets Adidas dans des conditions inhumaines habitent une autre planète que la fine couche de clients chinois de la classe moyenne vers qui Adidas oriente son marketing.

Adidas tire plus de la moitié de sa production globale de pays où les syndicats sont interdits, principalement en Chine. Les conditions terribles parmi les sous-traitants chinois de la compagnie ont été dénoncées dans un article du Sunday Times (R-U), qui a parlé de trois usines depuis longtemps associées à Adidas à Fuzhou, en Chine méridionale. Les ouvriers se sont plaints d’heures supplémentaires forcées et de salaires au-dessous du minimum légal. Ils ont gagné juste 570 Yuan (83 dollars) par mois en 2007 – à peine assez pour s’acheter une paire de baskets Adidas. Ce rapport a également montré à quel point le syndicat contrôlé par l’État, l’ACFTU, « a été largement accusé de ne rien faire. » Quand des travailleurs ont entamé une grève en 2006, ils ont tous été virés.

Adidas n’est en rien exceptionnel. Les sponsors olympiques forment un groupe d’escrocs et de casseurs de syndicats. Le géant de l’électronique Samsung est un autre exemple tout aussi infâme. La compagnie a connu quelques problèmes en Corée du Sud pour toute une gamme d’activités illégales comme le chantage et les pots-de-vin pour obliger des militants syndicaux à stopper leurs actions. Cette entreprise, le plus puissant des conglomérats du pays, a été pendant longtemps un des piliers de l’ancien régime militaire de Corée du Sud. Un éditorial du journal Hyankoreh a dit de Samsung : « Dans une république démocratique vous avez un leader mondial de la technologie de pointe qui utilise des tactique antisyndicales primitives dignes des années de dictature. »

De même, Coca-Cola a été accusé d’activités antisyndicales en Colombie, au Pakistan, en Turquie, au Guatemala et au Nicaragua. Une procédure a été entamée contre la compagnie par les syndicats colombiens en 2001 parce que les travailleurs de Coca-Cola « ont été confrontés avec des forces de sécurité paramilitaires qui ont eu recours à une violence extrême et qui ont entre autres assassiné, torturé et détenu illégalement des dirigeants syndicaux pour les faire taire. » Les liens entre Coca-Cola et les fonctionnaires olympiques ont été démontrés lorsqu’Atlanta, le siège de la compagnie, a obtenu les Jeux de 1996. C’était à peine douze ans après qu’une autre ville des USA, Los Angeles, ait obtenu d’organiser les jeux. Un autre sponsor olympique de haut vol, McDonald, est une compagnie antisyndicale typique. Un séminaire international sur les pratiques de travail chez McDonald, organisé par la Confédération internationale des syndicats libres (ICFTU) en 2002 a conclu que: « McDonald tend à avoir recours aux normes minimales ou aux exigences légales minimales en termes de salaires, de santés et de sécurité, avec une propension à employer des méthodes antisyndicales comprenant l’isolement, le harcèlement et l’écartement des employés syndiqués ou défenseurs des syndicats. »

“Du sport, pas de la politique”

En Chine aussi, McDonald a été au centre d’un important scandale, quand il a été révélé que l’entreprise payait de jeunes travailleurs 40% en dessous du salaire minimum, déjà très bas. Plusieurs gouvernements provinciaux ont été forcés d’enquêter sur le géant du fast-food à cause de la pression de l’opinion. Mais alors qu’ils ont confirmé que McDonald avait violé le code du travail de Chine en plusieurs endroits, ils ont refusé de rendre coupable de violation des règles de salaire minimum. Cette affaire (qui a fait l’objet d’un article en mai 2007 sur chinaworker.info – China’s ‘McScandal’ shows the need for real trade unions) a eu comme conséquence que le syndicat fantoche ACFTU a été en pourparlers pour négocier la première reconnaissance d’un syndicat chez McDonald, mais avec naturellement des représentants de la direction désignés pour mener les sections syndicales. C’est une pratique normale pour l’ACFTU. Ils appellent ça « le syndicalisme avec des caractéristiques chinoises »!

Les méthodes antisyndicales et anti-classe ouvrière des sponsors olympiques sont en conformité avec une longue tradition de soutien de la part du CIO aux régimes et aux causes réactionnaires et contre la classe ouvrière. Pour dire, comme le fait le CIO, les sponsors et le régime chinois, que les Jeux Olympiques ne font que du sport et pas de la politique, il faut ignorer l’histoire hautement politique des Jeux. La décision prise par le régime chinois de faire passer la torche par les régions du Tibet et de Xinjiang ne peut pas être décrite comme une décision « apolitique ». Quand la torche est passée par la capitale du Tibet, Lhassa, en juin, quand la plupart des Tibétains étaient sous couvre-feu et donc incapables de la voir, le dirigeant du Parti « communiste » du Tibet Zhang Qingli a fait un discours dans lequel il a réclamé que les adversaires des Jeux Olympiques – et donc du PCC – soient écrasés. Le CIO, embarrassé, a été obligé de faire un reproche, chose rare, au gouvernement chinois, en réitérant que « le sport et la politique doivent être séparés. »

En fait, la plupart des olympiades ont été entourées de polémique politique : Berlin 1936, Munich 1972, Mexico 1968, Moscou 1980, Los Angeles 1984 ; la liste est longue… Juste quelques semaines avant l’ouverture des Jeux Olympiques de Mexico, des étudiants ont occupé leur université en exigeant la fin du régime de parti unique. Cela a conduit au massacre de Tlatelolco au cours duquel des douzaines de jeunes manifestants ont été tués par les militaires, déterminés à rétablir l’ordre pour le début des Jeux. A nouveau, les fonctionnaires olympiques se sont cachés derrière leur phrase « il faut séparer le sport et la politique »: le Président du Mexique, Gustavo Díaz Ordaz, du sang plein les mains, a donc pu présider la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympique avec les dignitaires étrangers invités. Mais, toujours à Mexico, quand les athlètes afro-américains Tommie Smith et John Carlos ont levé leurs célèbres gants de cuir dans un salut anti-raciste du podium, ils ont été expulsés des jeux sur les ordres du Président du CIO Avery Brundage.

Quand le Comité International Olympique doit collaborer avec des dictateurs, ils le justifient avec l’argument que les Jeux Olympiques peuvent aider à faire avancer la démocratie et les droits de l’homme. En d’autres termes, ils utilisent un raisonnement explicitement politique. Mais quand ceci s’avère faux, comme en Chine aujourd’hui, ils répondent que les Jeux Olympiques sont un sport, pas une organisation politique. Jacques Rogge, président actuel du CIO, a fait la déclaration absurde que les Jeux Olympiques de 1988 à Séoul ont aidé à transformer la dictature de Corée du Sud en une démocratie. Selon Rogge, « les jeux ont joué un rôle crucial, avec la présence des médias. » [Financial Times, 26 avril 2008]

Dans la vraie vie, le régime militaire sud-coréen est tombé suite à une vague de grèves et de manifestations de masse qui ont éclaté en juin 1987 (une année entière avant les Jeux Olympiques) et a continué en dépit de l’énorme répression qui a sévi au cours des trois années suivantes. C’est une leçon importante pour la Chine, démontrant le rôle décisif de la lutte de masse des travailleurs dans la lutte contre la dictature. Quand se déroule une lutte pour des droits démocratiques, les Jeux Olympiques font plutôt partie du problème que de la solution. Dans un rapport récent, Amnesty International a dénoncé le fait que « l’accueil des Jeux Olympiques est devenu une excuse à peine voilée pour restreindre la liberté d’expression et de réunion. » [What human rights legacy for the Beijing Olympics? Amnesty International, 1 avril 2008]

On estime qu’environ 150 personnes ont été tuées par les forces de sécurité au Tibet et l’année 2008 est déjà la plus mauvaise année en termes de répression d’Etat en Chine depuis 1989. Annihilant les arguments du CIO et de ses partisans, le rapport d’Amnesty International dénonce que « une grande partie de la vague actuelle de répression contre les activistes et les journalistes ne se produit pas malgré, mais en réalité en raison des Jeux Olympiques. »

Mais l’Etat chinois n’est pas le seul à utiliser les Jeux Olympiques pour battre l’opposition potentielle. Interpol a accepté de coopérer avec les autorités chinoises en ouvrant sa base de données « pour aider la Chine à assurer que les fabricants de sottises n’entrent pas. » En apparence, de telles mesures sont destinées aux terroristes du Xinjiang et du Tibet (en dépit du manque de preuve que de telles menaces terroristes existent). Comme l’a dit le dissident Hu Jia: « Les plus grandes menaces ne sont pas nécessairement les terroristes ou les crimes, les plus grandes menaces sont ceux qui mettent en avant les problèmes sociaux de la Chine et protestent contre le gouvernement. »

Le CIO a une tradition de racisme, d’anti-communisme et de soutien à des régimes autoritaires qui remontent à ses origines. Si les dirigeants chinois rejoignent les discours de cette organisation, cela constitue un indice sur où se trouve aujourd’hui le gouvernement chinois. Le fondateur du mouvement olympique moderne, en 1896, était l’aristocrate français Pierre de Coubertin. Sa vision n’était pas celle d’un mouvement sportif populaire pour les masses, mais d’un mouvement presque exclusivement tourné vers la riche caste des officiers militaires. Dans la tête des nobles du style de Coubertin, les « classes inférieures » ne pouvaient pas saisir le concept de fair-play. Les femmes étaient aussi considérées comme complètement inaptes pour le monde du sport – chose qui a changé à peine après la Deuxième Guerre Mondiale. Même aux Jeux Olympiques de Londres en 1948, les athlètes féminines représentaient environ 10% des athlètes. Plus d’athlètes afro-américains ont participé aux jeux de 1936 à Berlin qu’à Los Angeles quatre ans plus tôt, à cause du racisme institutionnalisé aux Etats-Unis qui a maintenu la ségrégation dans la plupart des sports jusqu’aux années 50, ce qui a inspiré la protestation silencieuse de 1968 par Smith et Carlos.

Le Baron de Coubertin était un grand patriote français qui est néanmoins devenu un admirateur dévoué du régime nazi. A sa mort en 1937, il a légué sa collection littéraire au gouvernement d’Hitler. Six mois après sa mort, le cadavre de de Coubertin a été déterré à Lausanne, en Suisse, et son cœur a été enlevé et transporté à Olympie en Grèce. Là, il a été ré-enseveli au cours d’une cérémonie dirigée par son ami de longue date, Karl Diem, haut fonctionnaire nazi et organisateur des jeux de 1936.

Une tradition autoritaire

Le CIO a attribué à Berlin l’organisation des Jeux de 1936 deux ans avant qu’Hitler n’arrive au pouvoir en janvier 1933. Plutôt que d’exprimer un regret, les dirigeants du CIO on énergiquement défendu le droit des nazis à organiser les jeux. Quand la terreur nazie dirigée contre les syndicalistes, les communistes, les socialistes et les juifs a commencé à être connue, l’appel au boycott des Jeux de Berlin a pris de l’essor, particulièrement aux USA, en Grande-Bretagne, en France, en Suède, en Tchécoslovaquie et aux Pays Bas. Un sondage d’opinion de 1934 a prouvé que 42% des Américains soutenaient le boycott des Jeux Olympiques. Face à cette crise, le Comité olympique américain a envoyé son président, Avery Brundage, en Allemagne pour évaluer si les Jeux pouvaient être tenus selon des principes olympiques. Mais en réalité, la mission de Brundage était une manœuvre consciente pour dévier la campagne de boycott, pour laquelle Brundage a blâmé « les juifs et les communistes. » Lors de sa visite en Allemagne en septembre 1934, il a rencontré des athlètes juifs en présence de trois dirigeants du parti nazi, dont un en complet uniforme SS avec un revolver. Les athlètes juifs ont craint pour leurs vies et n’ont pas osé faire part de leurs critiques contre le régime nazi. Brundage est revenu aux USA en donnant son approbation aux jeux de Berlin.

Brundage, qui est plus tard devenu président du CIO (entre 1952 et 72), était également un admirateur d’Hitler et était ouvertement antisémite. Il a cité Main Kampf comme sa principale « inspiration spirituelle. » Son ami, le principal capitaliste suédois Sigfried Edström (lui aussi président du CIO entre 1946 et 52) était aussi un sympathisant fasciste. En 1934, pendant que faisait rage la campagne pour le boycott, Edström avait écrit à Brundage : « L’opposition nazie à l’influence des juifs peut seulement être comprise si vous habitez en Allemagne. Dans certains des plus importants commerces juifs, ils empêchent tous les autres de rentrer… plusieurs de ces juifs sont d’origine polonaise ou russe avec des esprits entièrement différents de l’esprit occidental. Un changement de ces conditions est absolument nécessaire si l’Allemagne veut rester une nation blanche. » [Lettre d’Edström à Brundage datant du 8 février 1934 et issue des archives nationales de Suède]

Après les Jeux Olympiques de Berlin, Edström, à l’époque vice-président du CIO, a assisté à un rassemblement du parti nazi à Nuremberg et a plus tard déclaré : « C’était l’un des plus grands spectacles auquel j’ai pu assister… Il [Hitler] est probablement l’un des individus les plus puissants et les plus fortement soutenus de l’histoire mondiale. Je suis sûr que 60 millions de personnes sont disposées à mourir pour lui et à faire ce qu’il demande. » Indiquant clairement que Berlin n’était en aucun cas une abérration pour le CIO, ce dernier a décidé ensuite d’attribuer les Jeux de 1940 au Japon. Cette olympiade n’a jamais eu lieu en raison de la guerre, mais cette décision de favoriser encore un autre régime militariste et farouchement anti-communiste avait été prise en connaissance totale des atrocités du Japon en Chine, que ses armées occupaient depuis 1931.

Une importante couche d’industriels et de politiciens capitaliste à travers le monde a regardé favorablement l’Allemagne, le Japon et d’autres régimes autoritaires ou fascistes en les voyant comme des remparts à la diffusion du « communisme ». Ce n’est que lorsque les ambitions impérialistes d’Hitler et de l’empereur japonais se sont opposées aux leurs que les « démocraties » capitalistes ont adopté une rhétorique antinazie. Le parallèle avec la Chine d’aujourd’hui est qu’internationalement, une large couche de capitalistes voit l’actuel régime communiste-uniquement-en-nom comme le meilleur espoir de garder la Chine ouverte pour le capitalisme tout en maintenant son énorme classe ouvrière sous contrôle. C’est pourquoi ils soutiennent avec enthousiasme l’accueil que la dictature chinoise a réservé aux Jeux Olympiques.

Après la Deuxième Guerre Mondiale, Edström et Brundage ont utilisé leurs positions à l’intérieur du CIO pour essayer de favoriser la libération de criminels de guerre nazis condamnés. Le cas le plus célèbre est leur campagne pour la libération de Karl Ritter von Halt, membre allemand du CIO jusqu’à la fin de la guerre et personnage éminent du régime d’Hitler, emprisonné en Russie. Ritter von Halt a été libéré en 1951 en tant que monnaie d’échange, puisque c’est dès ce moment que l’Union Soviétique a été admise dans le mouvement olympique.

Brundage a continué à défendre des causes réactionnaires en tant que président du CIO. Il était un ardent défenseur de la chasse aux sorcières anti-communiste du sénateur McCarthy dans les années ’50. Il a aussi critiqué le Président Eisenhower pour avoir arrêté la guerre de Corée, ce que Brundage a qualifié d’acte « honteux pour tous les blancs en Asie. » La démission de Brundage à la tête du mouvement olympique était l’une des revendications de Tommy Smith et John Carlos lors de leur protestation en 1968 (ils ont également exigé que le de champion du monde de boxe soit rendu à Muhammad Ali).

En 1980, Juan Antonio Samaranch, indiscutablement le plus puissant des présidents du CIO, est devenu le chef du CIO. Il s’est décrit comme « 100% franquiste » en référence au dictateur fasciste espagnol. La biographie officielle de Samaranch, éditée par le CIO, ne parle pas de sa longue carrière politique en tant que député fasciste à Cortes puis ministre du sport sous la dictature de Franco. C’était durant cette période que Samaranch a entretenu des contacts étroits avec Horst Dassler, héritier de l’empire Adidas et figure cruciale mais clandestine du mouvement olympique. Dans les années ‘60, les balles de football d’Adidas étaient fabriquées par des prisonniers des geôles espagnoles, dans le cadre d’un contrat négocié avec l’aide de Samaranch. Cette utilisation du travail forcé de prisonniers n’était qu’un prototype – à une échelle beaucoup plus petite – de la production actuelle.]]>