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A Liège : La ville imposée par le haut contre la ville décidée par en bas.

<![CDATA[affiche_cockerillDepuis des années, la ville de Liège est engagée dans un processus de réaménagement de son centre-ville. Les travaux se sont succédés avec des projets heureux ou moins heureux mais dont la philosophie n’a pas varié. Pour le collège, il s’agit à l’image de ce qui se fait dans toutes les grandes villes d’Europe, de transformer le centre-ville afin de privilégier l’installation des classes aisées et d’y attirer les grandes enseignes. Cette politique de « city marketing » n’est pas étonnante de la part de représentants politiques qui ne peuvent imaginer d’autre horizon que celui d’un néolibéralisme débridé : Dès lors que toute perspective de politique de redistribution des richesse s’éloigne, la seule solution pour une ville est de se mettre en concurrence avec les autres de façon à attirer le plus d’investisseurs ou de ménages à hauts revenus (et dans le même mouvement, à faire partir les classes populaires du centre-ville).

Par Simon (Liège)

Ce que l’on appelle les projets de prestige ont fleuri à Liège ces dernières années. La gare des Guillemins et son prix exorbitant en est un bon exemple. Ceci questionne évidemment la pertinence de l’allocation de ressources communales que le collège lui-même estime, à juste titre, trop réduites.

Mais l’autre question que soulève cette politique est celle de l’enjeu démocratique et de la façon dont une population peut se voir priver de tout contrôle sur son environnement immédiat. Le projet de réaménagent de la place Cockerill est malheureusement une nouvelle occasion de poser cette question centrale.

Dans le courant du mois de mars, les riverains et commerçants de la place Cockerill ont pu prendre connaissance du projet de réaménagement de la place au cours d’une séance d’information organisée par les services de la ville. Le collège est coutumier de ce genre de réunions qui portent en définitive très bien leur nom : mis à part des exceptions louables, en général impulsées par les associations locales, il s’agit bien d’informer les habitants des décisions prises et non de débattre avec eux de la façon dont ils aimeraient voir aménagé leur carde de vie.

Cette réunion d’information s’est tenue une semaine avant le dépôt du projet et les riverains se sont aperçus qu’il consistait essentiellement en la construction d’un parking souterrain de quatre étages dont la réalisation subordonne tous les aspects des aménagements de surface. Ainsi, alors même que la nécessité d’un énième parking en centre-ville n’apparaît pas de façon fulgurante, la place de la voiture serait prépondérante dans le projet. Les aménagements et accès pour les piétons et les cyclistes, c’est à dire pour les gens vivant ou travaillant à proximité sont par contre nécessairement réduits.

Rapidement, un groupe de commerçants s’est réuni pour discuter de la pertinence du projet et de son impact sur leur vie quotidienne. Au cours de leurs réunions, ils ont voulu bénéficier de l’expertise de l’asbl Urbagora mais aussi de l’avis du Gracq (groupe de recherche et d’action des cyclistes quotidiens). Au terme de quelques réunions, une plate-forme a vu le jour qui refusait de voir la place Cockerill majoritairement dédiée à la voiture, réclamait l’abandon du projet et l’organisation d’un concours d’architectes dont le jury serait composé notamment d’un panel d’usagers de la place.

Afin de stopper le projet, ils ont entamé une procédure d’enquête publique, réunissant en à peine 15 jours les signatures de 2500 opposants, forçant la ville à organiser une première réunion de concertation le 9 juillet.

S’il n’exclut pas la possibilité de recourir à une procédure judiciaire par la suite, le collectif constitué par les riverains se place aujourd’hui dans une perspective de mobilisation particulièrement intéressante. La plate-forme déclare notamment : « Notre seule chance de contrer ce projet de parking, c’est que chacun d’entre nous se mobilise pour dire à quel point ce projet est à l’antithèse de la ville dans laquelle nous souhaitons vivre, et pas uniquement sur Facebook. Prenons des initiatives partout où nous sommes ».

En septembre, à l’occasion d’une journée internationale baptisée le « parking day », il organise une rassemblement sur la place Cockerill afin de montrer le soutien à leur lutte, discuter des alternatives au projet, continuer la sensibilisation et mettre la pression sur le collège communal. Durant cet été une série d’actions sont prévues afin de faire connaître les revendications du collectif.

Comprenant l’importance de tirer les leçons de luttes similaires, et de développer les solidarités, le collectif a accueilli il y a quelques jours un représentant d’un collectif des Marolles1 qui a combattu (et fait échoué) un projet similaire dans le centre de Bruxelles.

Par le caractère de leur lutte et par la médiatisation qu’elle permet des enjeux de participation démocratique aux projets urbanistiques pour les centres-villes, le collectif « Qui veux sauver la place Cockerill ? » mérite évidemment le soutien des militants comme de tout qui se soucie de la question du contrôle et de la participation populaire aux transformations du cadre de vie. D’autres collectifs de riverains mènent actuellement des luttes similaires, contre un projet immobilier dans le quartier de Grivegnée-haut ou à Chênée. La coordination de ces différentes luttes serait évidemment de nature à les renforcer mutuellement mais aussi à porter le débat plus avant sur les processus de consultation populaire dans le cadre de la politique d’urbanisme.

Plus d’info sur le site du collectif : http://placecockerill.be/]]>