<![CDATA[ivago01Le mardi 26 mai au matin, les travailleurs du ramassage des déchets de Gand se sont spontanément mis en grève. Dire qu’ils n’en pouvaient plus est un euphémisme. Les médias ont relaté la manière asociale dont la direction vociférait sur le personnel. La menace de licenciement d’un collègue de 58 ans, qui, deux ans avant sa pension, se retrouverait à la rue sans indemnité, a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Toute la frustration accumulée s’est alors transformée en une grève déterminée.

Par Bart Vandersteene

Finalement, le travail a repris sur un compromis : le directeur du personnel est parti. Le système d’évaluation est revu en concertation avec les syndicats. Un dialogue social structuré sera organisé chaque mois et la menace de licenciement du travailleur de 58 ans ne sera pas exécutée. Mais le directeur opérationnel reste en service, vraisemblablement dans une autre fonction. Pour beaucoup de grévistes, ce n’était pas une véritable solution, plutôt un déplacement du problème. C’est pourquoi il faudra rester vigilant.

Privatisation et marchandisation du service public

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Après la grève, des messages de soutien sont apparus sur des sacs poubelles, indication assez limpide du large soutien dont les grévistes ont pu bénéficier parmi la population. Photos : PSL-Gand.

En 1994, IVAGO a été créé comme intercommunale (Gand et Destelbergen) avec une partie privée. L’investisseur privé recevait la garantie d’un beau rendement annuel en échange de capitaux. Les partenaires privés ont de grands intérêts dans l’industrie des déchets. Les déchets sont devenus du big business et cela ressort clairement de la politique en matière de déchets à Gand et dans la culture d’entreprise d’IVAGO.

Ces 20 dernières années, la pression au travail a été systématiquement accrue et le service diminué. Les encombrants ne sont plus collectés qu’à la demande, le papier et le verre une seule fois par mois, les sacs poubelle coûtent plus cher qu’un petit pain. Bientôt, chaque visite au parc à containers sera payante, toutes les démarches qui y préparent ont été prises. Cette politique n’est pas étrangère au problème du déversement clandestin.

Ce qui était un service public est prêt à être privatisé, la direction d’IVAGO a déjà été désignée par le partenaire privé. A partir de 2019, selon une directive européenne, il ne pourra plus y avoir d’intercommunales mixtes, public-privé, comme c’est le cas d’IVAGO. Il faudra choisir entre une intercommunale complètement publique et une privatisation totale.

ivago04Entre 2010 et 2020, la population de Gand va croître de 7% mais le nombre de membres du personnel chez IVAGO restera gelé au niveau de 2010. Plus de visiteurs et de touristes sont attirés dans la ville, entre autres grâce à de nombreux évènements. Le personnel doit y faire face sans moyens supplémentaires. Une seule solution donc : faire travailler encore plus durement les travailleurs actuels. Le directeur du personnel semblait fait pour ce job asocial, mais il n’avait pas compté sur la réaction solidaire et déterminée du personnel.

Le bourgmestre tente de briser la grève

Après quelques jours de grève, le bourgmestre Termont a prétendu devoir protéger la population contre d’éventuelles épidémies. Mais ce sont surtout les commerçants qui ont été desservis. Si lui et l’ensemble du conseil communal avaient résolument pris le parti des grévistes, la grève aurait pris fin après quelques jours. Mais, manifestement, les intérêts du partenaire privé et de sa direction ont, dès le départ, pesé plus lourd que ceux du personnel.

Grève construite de la base

La grève n’était pas planifiée, mais peu de mots ont été nécessaires pour que tout le monde sorte. Dès lors, il n’y avait plus de retour possible. Grâce aux réseaux construits l’an dernier dans la lutte contre le gouvernement d’austérité, la solidarité a été organisée dans les entreprises et lieux de travail avoisinants.
Le soutien de l’opinion publique était particulièrement remarquable. Beaucoup de personnes n’acceptent pas que, dans cette société, des travailleurs qui remplissent un rôle crucial, tel que la collecte et le traitement des ordures ménagères, soient traités comme des déchets alors que d’autres – banquiers, spéculateurs et autres riches qui ont plongé notre société dans la crise – soient récompensés en permanence.

Un groupe de travailleurs décidés et unis qui peut compter sur la solidarité des collègues syndicalistes et d’un important soutien de l’opinion publique constitue une force qu’il est difficile d’arrêter. Une leçon importante pour les prochains mouvements de lutte !

Les militants syndicaux du PSL des entreprises avoisinantes se sont investis chaque jour pour renforcer le piquet et organiser la solidarité. Ils ont également pris l’initiative d’une page facebook pour donner un visage à la solidarité et diffuser des informations sur la grève (https://www.facebook.com/solidairmetdeivagowerknemers).

Les sections du PSL de Gand ont soutenu les revendications des grévistes et ont mis en avant les points de programme suivants pour une politique de gestion des déchets efficace :

● La collecte des déchets doit à nouveau être aux mains du public, dans un service sous contrôle et gestion démocratiques des travailleurs ;
● Réintroduction des sacs poubelle bon marché (0,20 €). C’est parfaitement possible s’il n’y a plus de dividendes à verser aux actionnaires privés ;
● Une poubelle à chaque coin de rue. Ainsi, nous organisons notre environnement de façon à ce que les déchets trouvent rapidement une destination correcte ;
● Un parc à containers gratuit et facilement accessible, y compris pour les personnes moins valides ou qui n’ont pas de voiture ;
● Une culture de prévention des déchets de sorte que la quantité de déchets soit drastiquement diminuée. Une telle politique ne peut être effective que lorsque la communauté exerce un contrôle sur la production et remplace le principe de profit par la durabilité.]]>