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En Belgique comme ailleurs, nous sommes confrontés à un chômage de masse. La légère baisse connue l’an dernier par rapport à 2013 a été contrariée au cours des premiers mois de 2015. Avec 600.000(1) chômeurs environ (en dehors des préretraités, des allocataires des CPAS, des exclus…) et un nombre de postes vacants limité, notre pays comprend une énorme armée de demandeurs d’emploi désireux de travailler.

Par une militante de la CSC, article tiré de l’édition de juin de Lutte Socialiste

Parallèlement, le nombre de cas d’épuisements professionnels (burnouts) est spectaculaire. La charge de travail demeure trop grande et créée un stress énorme pour les ‘‘chanceux’’ qui disposent d’un emploi. La popularité de solutions individuelles telles que le travail à temps partiel, les crédits-temps, les congés thématiques, les formules de fin de carrière,… illustre le fait que les travailleurs aimeraient lever le pied. Aujourd’hui, la moyenne d’heures de travail prestée est de 31 heures par semaine, mais ce chiffre est atteint par des temps partiels imposés, avec un salaire partiel lui aussi.

Réduction collective du temps de travail avec embauches compensatoires et sans perte de salaire.

Cette revendication est de nature à fournir une solution. Notons qu’elle est loin d’être neuve. Au 19ème siècle, le mouvement des travailleurs exigeait la journée de travail de 8 heures (selon la formule des 8 heures de travail, 8 heures de détente et 8 heures de sommeil). Après la Première Guerre mondiale et sous l’impulsion de la menace communiste suite à la Révolution russe de 1917, les premiers pas ont été faits dans cette direction. Il en a été de même pour le suffrage universel masculin. Après la Seconde Guerre mondiale – durant les ‘‘trente glorieuses’’ – nous sommes passés des 45 heures de travail par semaine en 1964 aux 40 heures en 1974(2).

Néanmoins, depuis lors – avec le choc pétrolier des années ’70, puis l’effondrement du Mur de Berlin et ses conséquences – aucun progrès significatif n’a été réalisé. La revendication de la réduction collective du temps de travail est passée en second plan avec une classe des travailleurs davantage sur la défensive. Pourtant, durant tout ce temps, la productivité a continué de croitre fortement. Aujourd’hui, alors que nous connaissons une nouvelle période d’essor de la lutte des classes, l’appel à la réduction collective du temps de travail refait surface ici et là.

La semaine des 30 heures – telle que proposée par Femma (équivalent flamand de Vie Féminine) et maintenant par le PTB – assurerait que ceux qui travaillent puissent le faire moins longtemps et disposer de plus de temps pour leurs loisirs. Cela permettrait aussi à de nombreux chômeurs qui le souhaitent de bénéficier de cette redistribution massive du travail.

Pour l’organisation de femmes Femma, cette mesure permettrait également une plus grande égalité entre femmes et hommes. Les femmes sont plus susceptibles de travailler à temps partiel que leurs homologues masculins, comme elles restent encore le plus souvent responsables des tâches ménagères et des soins à apporter aux enfants, personnes âgées,… Si la semaine des 30 heures devient la norme, un large groupe de femmes connaitraient les conditions du travail ‘‘à temps plein’’ et disposeraient donc du même salaire et des mêmes droits que leurs camarades masculins. Cela signifierait aussi une amélioration des pensions des femmes, bien souvent incomplètes aujourd’hui.

Le groupe de réflexion Poliargus a réalisé une enquête sur le passage des 39 heures de travail par semaine aux 35 heures, en France. Dans les conclusions de cette étude(3) se trouvent divers effets positifs, comme le fait que 350.000 emplois ont ainsi pu être créés et que le taux de chômage est passé de 10,3 à 7,5%. Les améliorations ont été réelles en termes de qualité de vie, d’égalité des sexes dans la famille, de travail des personnes âgées et de réduction du nombre de travailleurs à temps partiel. Mais cette mesure a également fortement augmenté la charge de travail.

Femma soutient(4) que l’instauration d’une légère réduction du nombre d’heures prestées par semaine pousserait les employeurs à forcer leurs employés à réaliser le même travail, mais qu’une réduction plus drastique (comme les 30 heures) ne permettrait pas pareille manœuvre. Cela devrait obligatoirement se traduire par de l’embauche.

Enfin, une répartition collective du temps de travail avec maintien des salaires assurerait enfin que les énormes gains de productivité de ces dernières années ne disparaissent pas uniquement dans les poches des patrons.

Rompre avec le système

En France, l’introduction de la semaine des 35 heures a été couplée à une massive réduction d’impôt pour les entreprises ainsi qu’à un accord avec partenaires sociaux pour un gel des salaires. La question est, en effet, de savoir qui paie la réduction du nombre d’heures de travail.

Selon la théorie de la plus-value de Marx, notre salaire ne représente que les premières heures que nous prestons. Passée cette partie de la journée (partie de plus en plus réduite avec l’accroissement de la productivité), nous commençons à remettre au patron le produit de notre travail, qui essaye de récupérer le plus possible les bénéfices de cette partie de la journée.

Pour le système capitaliste, l’intérêt de disposer d’une armée de chômeurs est très important. Grâce à celle-ci, le patronat peut mettre sous une énorme pression les salaires et conditions de travail de tous les travailleurs, puisque ces derniers peuvent, après tout, rapidement être remplacés s’ils deviennent trop exigeants. Le projet du gouvernement fédéral visant à introduire une prestation d’un service à la communauté gratuit par les chômeurs peut également être considéré dans ce cadre : des travailleurs pourront tout simplement être remplacés par des ‘‘chômeurs en service communautaire’’. Cette forme de travail obligatoire augmente les heures totales prestées par des travailleurs, sans que cette population ne touche le moindre salaire, mais aussi sans réduction du chômage et de la pression au travail. Au contraire, la répartition du nombre d’heures de travail permettrait de réduire le chômage ainsi que la pression au travail.

Une réduction du nombre d’heures de travail doit signifier moins de profits pour les patrons. Si cela s’accompagne de réductions des charges patronales et autres (comme en France), cela signifierait en pratique que les travailleurs paieront d’une main ce qu’ils obtiennent de l’autre. Cela reviendrait donc en une attaque frontale contre leurs salaires directs et indirects. Pour mettre en œuvre de manière optimale cette réduction collective du temps de travail, un changement de société est nécessaire. La classe des travailleurs devra reprendre en mains les secteurs clés de l’économie, ce qui signifie concrètement d’en finir avec le capitalisme.

(1) http://www.abvv.be/web/guest/press-releases-nl/-/press/3262544/
(2) http://www.socialisme.be/nl/21226/de-strijd-voor-arbeidsduurvermindering
(3) http://poliargus.be/in-vijf-jaar-naar-35-uur/
(4) http://www.femma.be/frontend/files/userfiles/files/Verkiezingen2014/2014_05_dossier.pdf]]>