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Affaire des «neuf de Bali»: Il faut abolir la peine de mort!

<![CDATA[bali9Au petit matin du 29 avril dernier, huit hommes condamnés pour des délits de drogue et condamnés à mort par les tribunaux indonésiens ont été extraits de leur cellule, attaché à des poteaux et abattu par un peloton d’exécution composé de 13 hommes. Parmi eux se trouvaient deux australiens, Andrew Chan et Myuran Sukumaran, deux dirigeants du groupe des «neuf de Bali».

Par Conor Flynn (Socialist Party, section australienne du Comité pour une Internationale Ouvrière)

En 2006, ceux-ci avaient été reconnus coupables d’un complot pour avoir tenté de faire passer 8,3 kg d’héroïne, (d’une valeur de 4 millions de dollars) de l’Indonésie à l’Australie. Sept des neuf personnes impliquées dans l’affaire avaient reçu de très lourdes peines de prison, allant de 20 ans à perpétuité. Chan et Sukumaran avaient quant à eux été condamnés à mort.

Le plus grave dans l’affaire (outre une exécution sommaire effroyable) fut que la police nationale indonésienne (INP) avait été alertée onze jours au préalable de l’opération de contrebande. En effet, le père d’un des hommes impliqués avait alerté la police fédérale australienne (AFP) du plan avant que le groupe ait quitté l’Australie pour Bali.

Il avait alors été assuré par l’AFP que son fils serait retenu à la frontière. Au lieu de cela, l’AFP avait simplement remis l’information à la police indonésienne. Ceux-ci avaient en effet conseillés à l’INP de «prendre les mesures qu’ils jugeaient appropriées». Lorsqu’Andrew Chan et Myuran Sukumaran furent condamnés, le Premier ministre de l’époque John Howard (Liberal Party) et le chef de l’opposition Kim Beazley (Labor) avaient soutenu le rôle de la police fédérale australienne dans cette affaire tout en sachant pertinemment que leur décision avait probablement mené les deux hommes à leur exécution.

Et tandis qu’Howard et Beazley versaient des larmes de crocodile, aucun responsable politique de l’un des partis traditionnels d’alors n’avait eu la décence ou le courage de condamner l’AFP pour avoir facilité la mort de ces deux jeunes hommes.

En 2009, le président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono avait toutefois imposé un moratoire de quatre ans sur la peine de mort, et il semblait alors probable que leurs condamnations à mort furent commuées. En juin 2014, le gouverneur de la prison de Kerobokan, Farid Junaedi, avait même usé de moyens personnels pour tenter de faire réduire leur peine tant leur comportement était exemplaire.

Cependant, l’espoir pour les deux hommes avait été anéanti quand Joko Widodo a remporté l’élection présidentielle en octobre dernier. Bien qu’initialement populaire, le soutien de Widodo en Indonésie a considérablement diminué. Dans le contexte d’un ralentissement de l’économie, la baisse des prix du pétrole, et les exigences de la Banque mondiale pour une refonte de l’économie indonésienne, le soutien de Widodo a plongé d’un niveau record de 71 % à 42 %.

Dans le but de consolider le soutien de certaines figures-clés de la classe dirigeante indonésienne à Widodo, et de détourner l’attention des vrais problèmes auxquels font quotidiennement face les indonésiens, celui-ci a ainsi adopté une approche intransigeante en matière de criminalité, et a promis d’intensifier la «guerre contre la drogue» en Indonésie.

Malgré d’innombrables appels juridiques et moraux afin de tenter de sauver la vie des deux hommes, Widodo avait fermement rejeté la candidature de Chan et Sukumaran à la clémence en Janvier dernier. Le Président indonésien avait ainsi juré qu’il ne montrerait aucune pitié à l’un des 64 trafiquants de drogue condamnés à mort, et qu’il n’y aurait pas de «compromis» quant à la politique de l’Indonésie concernant la peine capitale.

Pourtant, la peine capitale est une méthode barbare de contrôle social. Les défenseurs des idées du socialisme exigent que la peine de mort soit abolie. L’État capitaliste, un corps biaisé qui permet à une minorité riche de statuer au détriment de la majorité, ne devrait pas pouvoir décider qui a droit de vie ou de mort !

Seul un système qui est basé sur la satisfaction des besoins de la majorité pourrait mettre un terme au pouvoir dont sont dotés tous ces politiciens, qui utilisent ainsi la vie des gens comme un moyen pour servir leurs propres fins politiques. Tout en faisant campagne pour abolir la peine de mort ici et maintenant nous devons également nous battre pour une société socialiste où les besoins passent avant les profits, pour éradiquer la corruption et les horreurs que ceux-ci engendrent.

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