Tour de France ou Tour de Farces ?

Tour de France ou Tour de Farces ?

Malgré l’héroïsme, la tension, les prestations des coureurs et le jeu d’équipe, ce n’est pas le sport, mais bien les affaires de dopage qui font depuis quelques jours l’actualité du Tour de France. Nombreux sont ceux qui, ces dernières années, sont tombés de leur piédestal ou nagent complètement la tête à peine hors de l’eau: pensons à Pantani et Vandenbroucke. Dans le cyclisme, le populaire, le social et l’authentique étaient avant de mise. Mais cette année encore, quelques favoris tombent au champ d’honneur au cours du Tour, certains peuvent d’ailleurs faire une croix sur leur carrière. Comment en est on arrivé jusqu’à ce point dans le cyclisme, et dans le sport d’une manière générale ?

Bart Vandersteene

Si les aveux et dévoilements de ces dernières années (Ullrich, Basso, Hamilton, Landis…) n’ont été – comme il l’est sous-entendu régulièrement – que le sommet de l’iceberg, il est raisonnable de se demander si quelqu’un a gagné le Tour au cours de ces 15 dernières années sans recourir au dopage. Bjarne Riis a par exemple avoué avoir gagné le Tour de ’96 avec l’aide d’EPO. Il est depuis 2000 manager de l’équipe Team CSC qui compte à chaque fois un favori pour remporter le Tour dans ses rangs. Si le responsable a agi de la sorte dans le passé, comment le considérer comme fiable pour l’accompagnement qu’il donne aux coureurs actuels ? C’est l’environnement presque total des coureurs d’aujourd’hui qui a participé aux années EPO, soit en tant que coureurs, soit en tant qu’accompagnateurs. Comment peuvent-ils maintenant être crédibles en déclarant vouloir sauver la course ? Comment veulent-ils faire le grand nettoyage ?

Par extension, on peut se demander si quelqu’un peut encore gagner une grande course sans dopage. A en croire le témoignage de l’ancien coureur Hedwig Van Hooydonck, cela est plus que douteux. Et pourquoi remettre sa parole en doute ? Il a quitté ce milieu après plus de trente années, fatigué d’avoir eu à engager le combat avec ses collègues qui volaient au-dessus des collines et des difficultés grâce à l’EPO. Son récit n’a pas été vendu à la presse à scandale et il n’a plus aucun intérêt dans le cyclisme.

Mais n’y a-t-il pas encore que peu de coureurs qui sont pris ? Effectivement, mais la question à poser est « qu’est-ce que le dopage » ? Uniquement ce qui est aujourd’hui repérable et qui figure sur les listes d’interdiction ? La recherche effectuée sur les produits dopant et donc la lutte contre le dopage n’est-elle pas toujours en retard sur les nouvelles méthodes utilisées ? Cela a toujours été comme ça, et ça sera toujours ainsi?

Dire que le dopage a toujours existé et qu’il en sera toujours ainsi est presque devenu un adage populaire. Les grecs anciens avaient déjà recours à des méthodes comme de boire du lait maternel pour améliorer leurs prestations. Mais était-ce d’une telle ampleur ou faut-il reconnaître un développement extraordinaire au cours de ces dernières décennies ? Et n’y a t il aucune différence entre des méthodes naturelles et populaires et des stimulants étrangers au corps humain ?

Les intérêts qui dépendent du sport, que cela soit dans le cyclisme, dans le football ou dans la Formule 1, ont augmenté de façon phénoménale. La masse d’argent concernée est gigantesque. Les sportifs ressemblent parfois bien plus à des panneaux publicitaires qu’à des athlètes. Le sport a changé pour ne devenir qu’un prétexte aux considérations et messages commerciaux. Investir dans le "sport" est pour les sociétés une décision commerciale qui n’a pas spécialement avoir avec l’amour du sport, mais bien avec les cours de la Bourse et les chiffres de bénéfices. Le sport ne concerne plus aujourd’hui la mesure du talent, l’effort, l’entraînement, la performance, le jeu d’équipe,… il est réduit à de pures considérations commerciales.

Chaque sponsor veut que l’un de ses coureur remporte le Tour, mais il n’y a malheureusement place que pour une personne dans le maillot jaune. Mais le monde économique sait très bien que pour peu d’y mettre suffisamment d’argent, aucun but n’est impossible. En ce sens, les coureurs ne sont jamais qu’autant de numéros, de moyens, de robots ou encore de petits jouets, tout comme c’est le cas avec les employés dans une société. Le pression monte donc énormément pour réaliser une bonne prestation et mène à l’utilisation de moyens interdits ou au moins à la prise de risques inconsidérés. Entre le blanc et le noir se trouve une zone grise d’ampleur qui comprend beaucoup d’étapes. Et la science n’est malheureusement pas libre d’émettre un jugement véritablement indépendant au sujet de ce qui est nuisible ou pas au corps humain.

L’exploitation de l’homme, de son travail et de son corps

On est en train d’épuiser et de piller les ressources humaines et cela se voit aussi dans le sport de haut niveau. Mais ce qui arrive dans le sport, n’est en aucune manière un hasard. Ce n’est qu’un reflet de ce qui se passe dans le reste de la société. La société capitaliste est basée sur le profit à court terme, l’exploitation, la corruption et la fraude et elle englobe sous son contrôle par sa politique néo-libérale l’ensemble des aspects de la vie ; le sport ne fait pas exception.

Pression, vous avez dit pression ?

Le sport ne peut pas être détaché des développements sociaux. Le dopage ou les moyens visant à améliorer les prestations des individus ne sont pas présents uniquement dans le sport. Combien de personnes ne sont pas tombées sous l’emprise des somnifères, des anti-dépresseurs, des calmants,… pour poursuivre leur vie ? La charge de travail, le stress et la pression ont énormément augmenté ces dernières années et cela se remarque partout dans la société.

Le nombre de personnes atteintes de problèmes mentaux, physiques et/ou émotionnels augmente lui aussi rapidement, de même que l’utilisation de drogues, de stimulants et de médicaments (où se trouve d’ailleurs la frontière ?). Au sein des entreprises, les drogues sont même consommées pour pouvoir tenir le rythme de travail. Parmi les étudiants, on alterne de plus en plus des boissons énergisantes comme RedBull avec des drogues dangereuses, tandis que pour laisser de côté les soucis quotidiens et trouver le sommeil, on fait sans cesse plus appel aux somnifères.

Depuis notre plus jeune âge, nous sommes éduqués dans un système de prestation où de temps en temps les moyens utilisés pour atteindre les objectifs fixés sont détestables: l’influence (avoir le bras long), la force de persuasion (aussi bien le chantage que la corruption), la fraude (quel étudiant écrit encore lui-même son mémoire si l’on entend les histoires sur l’ancienne ministre du budget Freya Vandenbossche (SP.a) ou de Marie Rose Morel (parlementaire du Vlaams Belang) qui sont soupçonnées d’avoir payé quelqu’un pour faire ce travail à leur place ?).

Il ne suffit pas uniquement de regarder les intérêts matériels directs pour analyser ce qui se déroule dans le sport de haut niveau, des phénomènes plus difficiles à cerner sont à regarder également de plus près, comme le prestige, la reconnaissance ou la satisfaction. Selon la moralité dominante, cela ne peut être obtenu que par des prestations clairement visibles et rentables. D’où la tendance à frapper fort quelque-part , à briller, à être le meilleur. Ceci explique aussi pourquoi le dopage est également utilisé dans le sport amateur. Il ne s’agit pas là d’obtenir une récompense matérielle, par ailleurs quasi-inexistante, mais surtout d’avoir une reconnaissance sociale à laquelle beaucoup d’individus aspirent.

Dans le sport de haut niveau comme le Tour de France, les aspects matériels jouent naturellement aussi un grand rôle. La récompense du Tour est d’environ 450.000 euros, le licenciement de Rasmussen n’est donc pas une décision bon marché.

Quel est le but du sport ?

Aussi longtemps que les fins commerciales règneront dans le sport, on obtiendra les même effets que dans le reste de la société. Les socialistes luttent pour chaque garantie qui permet au sport de rester sous une forme saine, et de détente, aussi bien pour le sportif que pour le spectateur.

Nous sommes donc partisans des différentes formes de lutte contre le dopage. Mais nous savons que cela ne pourra se faire dans le sport à la condition que l’homme se libère des lois économiques qui dictent aujourd’hui sa vie et son existence. C’est la seule lutte contre le dopage qui pourra être véritablement appliquée et efficace. A l’heure actuelle, presque rien ne peut être fait. Les investissements et contrats d’une valeur de plusieurs millions d’euros pour les éditions suivantes du Tour sont déjà fixés. Même si l’idée de faire une édition avec des coureurs amateurs serait appliquée, les intérêts commerciaux demeureraient encore centraux.

Un monde socialiste peut libérer le sport de toutes les caractéristiques du capitalisme qui tiennent l’humanité sous sa poigne: l’animosité, l’égoïsme, l’hypocrisie, l’avidité, les mensonges et la tromperie. Sous le socialisme – où une progression énorme du temps libre est possible – de réelles conditions où chaque individu aura l’occasion et le temps de faire du sport, de découvrir ses talents et de se mesurer aux autres de façon saine peuvent être créées. Tout cela dans une ambiance de compétition amicale emplie du respect et de l’admiration de soi.

Nous ne pouvons pas laisser l’énorme enthousiasme qui existe aujourd’hui pour les sports populaires comme le cyclisme et le football sombrer dans le cynisme et l’acceptation des excès actuels. Cela ouvre la porte pour des populistes de droite comme Dedecker en Flandre qui de temps en temps mettent en lumière un problème spécifique. Mais à un moment où les “affaires” pleuvent, ce n’est pas en soulevant simplement un coin du voile que l’on peut résoudre le problème, car le système en lui-même n’est pas remis en question.

Un changement fondamental est nécessaire. Les socialistes pensent que le sport et la détente appartiennent aux masses et doivent être radicalement ôtées des mains du "big business".

Partager :
Imprimer :

Soutenez-nous : placez
votre message dans
notre édition de mai !

Première page de Lutte Socialiste

Votre message dans notre édition de mai