Pendant ce temps, en Chine…

On parle beaucoup de la Chine ces derniers temps. La presse relate régulièrement les voyages de nos « représentants » qui ont pris l’habitude d’aller y « vendre » notre pays dans l’espoir de conclure investissements et contrats juteux.

Gilles

Il est aussi fort souvent question ces dernières années de l’émergence d’une « classe moyenne » de cadres et de salariés du secteur privé dans la capitale et les grandes villes côtières et de l’opulence des nouveaux riches qui ont fait fortune grâce à « l’ouverture du pays » (la Chine compte aujourd’hui environ 250.000 millionnaires en $). L’exemple chinois est également fréquemment employé pour justifier les nombreux chantages à la délocalisation que nous devons subir, avec l’argument que les travailleurs chinois se contentent d’un salaire beaucoup plus bas, travaillent beaucoup plus longtemps et dans des conditions bien pires. Enfin, il reste ceux, de moins en moins nombreux il est vrai, qui pensent que la Chine reste un « modèle à suivre » et la preuve vivante du « triomphe socialiste ».

Mais dans tous les cas, ce que la société et les médias actuels tendent à occulter, est le fait qu’un grand nombre de Chinois ne sont pas heureux de leur situation. Et qu’ils luttent, eux aussi, pour une vie meilleure, et depuis longtemps.

Un pays d’injustices

La petite récession du début de cette année a touché beaucoup de Chinois : plus de 100 millions de personnes possèdent actuellement des actions, nombre qui croit actuellement en moyenne de 1 million par semaine, puisque les gens espèrent ainsi faire fructifier leurs économies (la banque n’étant pas jugée assez fiable) alors que les prix continuent à monter (le prix du porc a par exemple augmenté de 30% l’an dernier).

Dans les campagnes, le gouvernement vend des terres (d’Etat) à des entreprises étrangères, sans se soucier du fait que ces terres sont occupées par des villages établis là depuis des siècles. Les populations sont donc déplacées à coups d’opérations militaires. De telles «expropriations» ont également été employées pour « faire de la place » pour la construction du nouveau stade olympique à Pékin.

Dans la foulée, le gouvernement a interdit la culture du riz dans la province de Pékin, sous prétexte qu’il fallait éviter toute coupure d’eau pendant les JO de 2008. Des chantiers préparant les JO ont été bloqués pendant plusieurs semaines par une occupation d’autoroute qui a eu lieu près d’une ville de la taille de Paris, avant que l’armée soit finalement appelée pour disperser les barrages.

Ces luttes tendent à se développer avec les années. Le vent de réformes et de privatisations qui a soufflé sur la Chine au cours du dernier quart de siècle n’a pas été accompagné par une hausse significative du niveau de vie pour l’ensemble dela population. Une minorité s’est fortement enrichie, le niveau de vie des salariés des grandes villes a un peu progressé, celui des centaines de millions de paysans et des dizaines de millions de travailleurs migrants (qui ont quitté les campagnes dans l’espoir de trouver du travail dans les villes et qui s’entassent dans des bidonvilles en subsistant par le travail au noir) a stagné voire baissé.

La répression policière est toujours aussi forte et il n’existe toujours aucune liberté démocratique. Les syndicats sont obligatoires dans toutes les entreprises, (y compris la multinationale américaine Walmart, qui n’a jamais autorisé de syndicats dans aucune de ses autres filiales !) mais ce sont des appareils de contrôle de l’Etat sur les travailleurs bien plus que de vrais syndicats.

Au début de ce mois de juin 2007, 2.000 étudiants ont combattu la police dans les rues de Zhengzhou après que des policiers aient été observés en train de battre une étudiante qui se voyait contrainte de vendre des marchandises dans la rue (sans licence, évidemment) afin de financer ses études (en Chine, le minerval universitaire coûte plus de 1.000 dollars par an – bien plus que le salaire annuel d’un travailleur – conséquence de dix ans de « libéralisation » de l’enseignement). Qu’un « fait divers » de ce genre soit capable de mobiliser spontanément une telle foule révèle bien l’ampleur de la crise sociale qui se déroule en ce moment en Chine. Et ce n’est pas un cas isolé : il y a un an, dans la même ville, 10.000 étudiants s’étaient déjà révoltés et avaient dans la foulée détruit certains bureaux de l’université.

En mai 2007, ce sont plus de 20.000 personnes qui ont manifesté à Xiamen contre le plan de construction d’une usine hautement polluante près de leur ville (les normes de sécurité demandent que les usines de ce type soient établi à 100 km de toute habitation !). Le pouvoir a tout fait pour empêcher la manifestation : les directeurs d’école ont menacé de virer les étudiants qui s’y rendraient, le Parti Communiste a déclaré qu’il punirait tous les participants et les rayerait de sa liste de membres, etc. La manif’ a quand même été un énorme succès, et ceci grâce à l’essor des nouvelles technologies de communication : plus d’un million de SMS de mobilisation ont été envoyés dans les deux mois précédant la manif !

Pour empêcher de nouvelles manifestations, cette ville de 1,5 million d’habitants a été transformée en un véritable camp militaire. Cependant, le gouvernement a dû déclarer qu’il était « prêt à reconsidérer le projet ».

Des mouvements de masse dans tout le pays

Le régime chinois est en fait terrifié à l’idée que de tels mouvements, rendus publics notamment grâce à internet, se répandent dans tout le pays. Il a récemment avoué que, durant les 9 premiers mois de 2006, le pays a connu un nombre de 17.900 « incidents de masse », ce qui représente, il est vrai, une baisse de 22% par rapport à 2005. Au moment même où avait lieu la manifestation de Xiamen, les émeutes contre la loi de l’enfant unique ont repris dans la province rurale de Guangxi. Dans cette province, ce sont 50.000 personnes, dans plusieurs villages, qui ont attaqué les bureaux de police, allant jusqu’à démolir le QG d’un gouvernement régional. La même semaine, à Yentai – une ville industrielle de la province de Shandong – 2.000 pensionnés de l’Etat et de l’armée ont protesté contre le non-paiement de leur pension.

Pour juguler le mécontentement, le gouvernement emploie 40.000 « policiers du web » pour bannir tous les sites jugés « illégaux» à l’aide des logiciels et accords passés avec Microsoft et Cisco (pour un budget de plusieurs milliards de dollars chaque année).

La solution passe par une nouvelle révolution

Aux demandes de rompre avec la loi du parti unique et les mesures totalitaires, le gouvernement chinois a toujours tenté de justifier son monopole par de grandes phrases du style « les valeurs de la démocratie occidentale sont contraires à la culture chinoise ».

En réalité, le gouvernement chinois veut restaurer le capitalisme en Chine, avec une nouvelle classe capitaliste directement issue des bureaucrates qui dirigent aujourd’hui le pays – exactement comme c’est le cas aujourd’hui en Russie. Mais ils veulent éviter un éclatement du pays – à cause des disparités énormes entre les villes côtières en plein développement et les campgnes de l’intérieur du pays, du mécontentement existant dans les minorités nationales, des risques de crise économique importante qui pourraient suivre des changements trop brusques,… C’est pourquoi "l’ouverture" ne se fait que de manière graduelle et les dirigeants veulent maintenir à tout prix le contrôle du pays par le biais du Parti Communiste.

De plus, le gouvernement sait que la moindre ouverture démocratique dans son système mènerait inévitablement à une crise sociale de plus en plus grande – avec encore plus d’émeutes, de manifestations et d’organisations populaires autonomes. La porte doit donc à tout prix rester fermée aux revendications démocratiques, le temps de contenir la pression qui monte. Mais au plus le verrou tient, au plus la pression monte et au plus l’éruption risque d’être violente.

La Chine est donc un pays en pleine transition où le secteur privé se développe rapidement, où des investissements étrangers arrivent en masse tandis que des groupes capitalistes chinois pénètrent sur le marché mondial mais où de larges pans de l’économie appartiennent (encore) à l’Etat, le tout encadré par un Etat et un Parti fortement bureaucratisés.

Quoi qu’il en soit, les travailleurs et les nations opprimées de Chine n’ont rien à attendre ni du capitalisme, ni de la vieille bureaucratie « communiste » de l’Etat, ni des notables des anciennes structures traditionnelles (clergé bouddhiste, imams des zones musulmanes, Dalaï Lama et autres partisans du retour à un Etat féodal). L’ économie planifiée doit être maintenue et renforcée, mais surtout mise sous le contrôle réel de la population à travers ses propres organes de gestion. Les luttes qui se développent un peu partout à travers tout le pays renforcent ces possibilités d’organisation à la base.

La Chine tremble. Elle pourrait fort bien être le foyer de nouveaux soubresauts dont les répercussions se feront inévitablement sentir au niveau mondial.

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