Aucun gouvernement n’offre une chance de progrès pour les travailleurs et les pauvres

Les élections sont terminées. En Flandre, le CD&V a gagné. L’humiliante défaite des partis sociaux-démocrates – PS et surtout SP.a – fait de la famille libérale la première du pays et du MR le plus grand parti en Wallonie et à Bruxelles. La droite a partout les clés en mains.

Anja Deschoemacker

Le triomphe pouvait se lire dans les yeux de Reynders et de Leterme. Toutefois, le CD&V/NVA refuse d’entrer dans un gouvernement sans avoir obtenu une réforme d’Etat d’ampleur ainsi que la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde tandis qu’aucun parti francophone n’est chaud pour cette nouvelle aventure communautaire.

Le VOKA (l’organisation patronale flamande) et tous les partis flamands ont fait savoir avant les élections qu’ils jugeaient indispensable une régionalisation du marché de l’emploi afin de pouvoir le « moderniser ». Pourtant, les entreprises belges jouissent déjà actuellement d’une excellente position concurrentielle et engrangent des profits records. Et le MR rétorque qu’une modernisation est maintenant possible au niveau fédéral puisque le PS a (temporairement) perdu sa position dominante.

Les patrons vont effectivement certainement utiliser la défaite du PS pour tenter d’en finir de manière plus brutale avec nombre de droits et d’acquis du mouvement ouvrier, comme le droit de grève dans les services publics, la sécurité sociale et l’accès aux pensions (on parle déjà d’un deuxième Pacte des Générations).

Mais la population belge n’a pas voté à droite parce qu’un programme de droite est plus attractif. Il manque en fait une force réellement de gauche qui aurait, par exemple, défendu avec énergie les intérêts du million de travailleurs qui ont fait grève contre le Pacte des Générations. Juste avant les élections, une série de grèves ont cependant encore démontré que le mécontentement du mouvement ouvrier sommeille et peut à chaque instant éclater au grand jour si les actions sont crédibles et si le cahier de revendications vaut la peine de se battre. Un gouvernement sans le PS va-t-il pouvoir garder sous contrôle la base de la FGTB ? La direction de la CSC réussira-t-elle à maintenir son contrôle sur sa base une fois les premières mesures antisociales du gouvernement appliquées par le CD&V?

Si le prochain gouvernement risque d’être instable, l’unité au sommet de la politique belge pour faire payer à la population les profits des actionnaires des grandes entreprises est néanmoins grande. Le thème d’opposition par excellence – chez les partis établis – sera bien plus le communautaire que le social. Nous ne devons pas nous attendre à ce que le PS et le SP.a rejoignent tout d’un coup le camp des travailleurs et des chômeurs et se mettent à agir pour les défendre, sauf sur l’un ou l’autre point si cela ne coûte pas grand chose. Puisque ces deux partis siègent toujours aux gouvernements régionaux et continueront à y mener une politique fondamentalement proche de celle du fédéral, les cadeaux aux patrons ne manqueront pas. Pour le reste, cela continuera à être à nous de nous serrer la ceinture.

Le développement de nouveaux mouvements contre les plans d’austérité du prochain gouvernement est probable – et c’est là que devra être présent le CAP s’il veut se construire et devenir l’instrument de la résurrection politique des travailleurs. Il ne fait aucun doute que la réforme de l’Etat et les problèmes communautaires seront habilement utilisés comme excuse si le gouvernement tombe sur un tel mouvement.

Plus que jamais, la nécessité unité du mouvement ouvrier à travers tout le pays va se faire sentir pour stopper l’offensive déjà annoncée. Construire une nouvelle expression politique sur le plan national sera tout aussi bien un résultat de cette unité qu’une condition de son existence.

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