Que faire face à la violence scolaire?

Ces dernières semaines, on a pu lire dans la presse une profusion d’articles sur la montée de la violence gratuite, notamment dans les transports publics et dans l’enseignement. Je suis délégué syndical dans une école qui a été citée dans les journaux pour la violence qui y règne entre élèves et personnel.

Par Micha Teller, enseignant à Deurne

Les médias ne prennent pas en compte que la violence n’est en réalité que le sommet de l’iceberg. Depuis des années, le personnel revendique plus de moyens pour pouvoir éviter ce type de conflit. Le personnel est menacé (physiquement) presque chaque semaine et les nombreuses dépressions ces dernières années parmi le personnel ont rendu la situation presque intenable.

Il est souvent dit, à tort, que les organisations de gauche nient ou minimisent l’existence de tels comportements asociaux. Les socialistes tentent au contraire de replacer ces comportements dans leur contexte de frustrations et de manque de perspectives pour différents groupes de la population.

Quand on parle de violence, il faut regarder dans quel environnement elle prend place. Mon école se situe dans l’un des quartiers les plus pauvres d’Anvers, Deurne-Nord. Les autorités anversoises parlent de diversité, mais on y voit en fait une même pauvreté sous différentes couleurs. Des jeunes d’origine marocaine, turque ou romanichelle arrivent en masse dans les statistiques de chômage, déjà loin d’être jolies. A Anvers, le chômage touche 17% de la population, et, parmi ceux-ci, 41% sont d’origine non-européenne.

Presque 60% des écoliers anversois sont d’origine étrangère et dans certaines écoles professionnelles communales, pour 90% des jeunes, le néerlandais n’est que la deuxième ou la troisième langue. Presque la moitié de ces jeunes quittent l’école sans diplôme.

Face à un mur

Après un nouvel incident dans mon école, le personnel a débrayé pour exiger une négociation avec l’échevin de l’enseignement (SP.a).

Une délégation du personnel a informé l’échevin, a écouté sa réponse et… est revenue les mains vides. Elle n’a trouvé aucune compréhension ni volonté d’aider l’école. Pour l’échevin, le problème était un cas individuel, suggérant même que le personnel réagissait de façon “incorrecte” face à la violence et devait donc suivre des “cours de perfectionnement”. Avec de telles déclarations hypocrites, la situation ne peut pas évoluer d’un pouce.

Notre demande pour plus de moyens pour l’enseignement ne peut que rencontrer un mur d’hostilité. Depuis des années, nous assistons à des assainissements, plus particulièrement dans les secteurs qui ne sont pas économiquement intéressants. “Ce qui ne rapporte pas doit pourrir” semble être la logique suivie.

Cela se remarque dans l’enseignement professionnel communal. Depuis des années, il est connu que l’orientation professionnelle “Techniques de bureau et de vente” ne mène à rien. Le “passage au monde des entreprises” signifie dans la pratique un cadeau de main-d’oeuvre presque gratuit durant les stages et les années de spécialisation. Les opportunités d’emploi par la suite sont quasiment inexistantes. La situation est identique pour beaucoup d’autres orientations. Pour l’échevin, les écoles doivent résoudre cela elles-mêmes…

Plus de moyens pour l’enseignement!

La délégation a demandé des moyens supplémentaires pour pouvoir embaucher plus d’enseignants afin de limiter ainsi la grandeur des classes, plus de moyens pour l’accompagnement psychosocial des élèves et un membre du personnel administratif en plus pour que les enseignants n’aient à s’occuper que de leur boulot de base. La réponse de l’échevin était claire et simple : “non”.

Il ne s’agit que d’un exemple mais qui illustre clairement l’attitude des partis traditionnels envers les problèmes quotidiens des travailleurs.

Le personnel et les jeunes doivent, avec leurs organisations syndicales, démasquer les politiciens et montrer les véritables causes de la violence : l’absence de perspectives dans le système actuel. Les syndicats doivent exiger un renforcement des moyens et du personnel accordés aux écoles pour l’enseignement, l’administration et les centres PMS. Pour cela, ils doivent élaborer un plan d’action avec les délégués et le personnel.

L’année dernière, la CGSP-Enseignement flamande a constaté que 80% du personnel était prêt à passer à l’action mais rien n’a été organisé. Il faut pourtant un meilleur rapport de forces pour en finir avec des conditions de travail parfois horribles. Ou alors attend-on simplement le prochain « accident » ?

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