Les rebelles de VW. « Sans nous, tout serait resté dans le vague »

Le 25 janvier, moins de trois semaines après la grève de 7 semaines, les ouvriers de VW ont de nouveau débrayé. Si l’on en croit la presse et les politiciens, le site de VW a échappé de peu à la fermeture lors de cette grève.

Eric Byl

Le jour même, la direction de Audi était en visite à Forest. “Irresponsable”, clamait notre premier ministre Verhofstadt, relayé par la presse. Pourtant, “les têtes brûlées” – nous préférons les appeler “rebelles” – ont obtenu ce qu’il leur fallait : des garanties sur papier. Ni les négociateurs syndicaux, ni Verhofstadt, ne parlons même pas des charognards de la presse, n’avaient pu l’obtenir.

Ces derniers mois, beaucoup a été écrit sur ces “rebelles”, et ce furent en général des insultes. La presse, surtout flamande, les a décrits comme des “gros bras de la FGTB wallonne”, “au plus une centaine de têtes brûlées”, qui “prennent en otage” par leur brutalité et leur agression la grande majorité des 3.000 travailleurs, composée principalement de “Flamands durs à la tâche”. Une coloration communautaire a ainsi été ajoutée à la lutte. La presse devrait venir à VW voir ces milliers d’âmes pieuses qui se laisseraient prendre en otage et nous montrer la centaine de costauds capables de réaliser ce tour de force !

Les trois rebelles en face de moi ont ensemble bossé presqu’un siècle. Ils partent tous en prépension et me semblent plutôt de bons pères de famille que des gros bras.

Comment avez-vous ressenti l’annonce de la restructuration le 21 novembre ?

“Nous l’avions pressenti. La conférence de presse de Verhofstadt a montré qu’il était informé d’avance. D’autres doivent l’avoir également su. Le bruit courait que 1.500 postes de travail devraient être supprimés, nous sommes donc partis en grève. Mais quand il est apparu à l’assemblée générale qu’il faudrait finalement en supprimer 4.000, une révolte a éclaté.”

“Quelques ouvriers ont spontanément lancé une manifestation. Notre délégué avec son cigare l’a vu, s’est placé à la tête, nous a fait tourner en rond et nous a ramenés à l’écurie. Dès lors, l’état d’esprit à l’entrée était très nerveux.”

“Nombreux sont ceux qui pensaient que le site allait fermer. Sept semaines durant, ils ont vécu dans l’incertitude. Les délégations négociaient, mais nous ne savions ni sur quoi ni comment. Tout semblait temporaire, rien de concret, tout dans le vague.”

Depuis quand êtes-vous devenus des rebelles ?

“C’était le 24 décembre. La direction espérait utiliser la période des vacances pour effacer l’ardoise et reprendre les activités après le Nouvel An. Ce même délégué avec son cigare est alors arrivé, accompagné de la chaîne télé commerciale flamande VTM, pour clôturer l’affaire. Nous avons refusé. Il aurait fallu les voir.”

“Nous sommes alors restés pendant une semaine au piquet sans présence d’un délégué. Tout au plus 2 ou 3 sont-ils passés en vitesse. On menaçait de nous reprendre nos tentes et d’éteindre le feu, mais nous avons tenu bon.”

“Nous avons dû discuter pendant deux semaines pour obtenir une assemblée. Finalement elle s’est seulement tenue une demie-heure avant le réferendum du 8 janvier. Sandra a pu parler, mais elle n’était même pas traduite en néerlandais!”

“Le référendum a été organisé pour assurer la reprise du travail. Les gens étaient mal informés, ce qui fait qu’environ 900 n’ont pas voté. Dès le résultat connu – 1.075 pour la reprise et 873 contre – il était clair que ce serait difficile de faire retourner tout le monde au boulot, mais nous n’avions plus d’autre choix.”

Le jeudi 25 janvier, vous êtes repartis en grève ?

“Nous avions repris sans aucune garantie, les tensions sur les conditions de travail et de départ étaient vives. Les prépensionnés voulaient au moins garder leur salaire. Le mercredi soir (24 janvier), après la réunion syndicale à 20h, nous nous sommes arrêtés, c’était l’équipe 2. Le lendemain, l’équipe 1 a suivi.”

“Aussitôt Verhofstadt est intervenu et le vendredi une réunion de conciliation a été organisée. Verhofstadt peut dire que notre action était irresponsable; dans les faits, cette grève à obligé VW-Allemagne à mettre son plan industriel sur papier le samedi matin : des garanties pour les salaires des prépensionnés, l’allongement de la prime de départ jusqu’en 2009, la production de l’A3 et de 14.000 Golf supplémentaires et finalement aussi la production d’au moins 100.000 Audi A1 à partir de la fin de 2009.”

“Mais il reste évidemment encore beaucoup d’inconnues dont les détails ne sont connus que goutte à goutte. Ainsi, Audi veut réduire les coûts salariaux de 20%, entre autres en passant de 35 heures à 38 heures pour le même salaire mensuel. Des avantages supplémentaires, y compris la prime de fin d’année, seraient épargnés afin de financer une prime de productivité et les pauses ne seraient plus rémunérées. Et évidemment, Audi veut imposer une clause de paix sociale.”

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