Accord interprofessionel 2007-2008. Un bel emballage cadeau pour le patronat, une boîte vide pour les travailleurs

Accord interprofessionel 2007-2008.

Début janvier, les 3 syndicats (CSC, FGTB et CGSLB) se sont prononcés pour le projet d’Accord Interprofessionel 2007-2008. La CSC et la CGSLB ont voté très majoritairement pour l’AIP. A la FGTB, seuls 55% ont voté pour. Cela ne signifie pas une absence de critiques à la base de la CSC, mais les traditions et les procédures de vote sont différentes.

Par un militant du SETCa

Quelle participation de la base?

La ‘consultation de la base’ a été limitée aux organes exécutifs des sections et des centrales. Malgré cela, le fossé entre une partie importante de la base et la direction nationale de la FGTB a été de nouveau confirmé.

La plus importante centrale de la FGTB, la centrale des employés SETCa-BBTK, n’était pas favorable à l’AIP, mais on trouvait aussi de la résistance chez les métallos francophones, à la Centrale Générale d’Anvers et de Gand,… Beaucoup de militants se sont abstenus ou ont voté sans enthousiasme.

La direction n’était de toute façon pas prête à tirer les conclusions logiques d’un vote contre l’AIP, c’est-à-dire prendre le chemin d’une mobilisation active.

Pour les négociateurs de la FGTB, le contenu de l’accord importait moins que son approbation par la « base ». La direction de la FGTB voulait démontrer au patronat que ses négociateurs sont « représentatifs » et qu’elle contrôle sa base.

Le rejet de l’accord interprofessionnel précédent par la FGTB et la rébellion rouge contre le Pacte des Générations avaient déjà suffisamment gêné le sommet syndical. Un nouveau « non» aurait été malvenu.

AIP : une mauvaise norme salariale

L’AIP est un accord négocié tous les deux ans entre les syndicats et le patronat qui vaut pour tous les travailleurs du secteur privé. Comme cet accord concerne aussi des mesures du Pacte des Générations, une partie du secteur non-marchand, normalement exclue de l’AIP, était aussi concernée.

L’AIP fixe la norme salariale qui pèse sur les négociations sectorielles et qui détermine dans quelle mesure les salaires peuvent augmenter les 2 années suivantes.

Cette norme est « indicative » et des secteurs forts peuvent l’outrepasser. Mais la loi impose des sanctions dans ces cas-là (dans le temps, il n’y avait pas de norme).

Les 5% retenus cette année (incluant les indexations et les indemnités barémiques) ne sont pas suffisants pour beaucoup de militants, surtout dans une situation où il y a des profits spectaculaires et en forte hausse. En 2005, les entreprises belges (à l’exception du secteur financier) ont réalisé 41 milliards d’euros de profits : 50% de plus qu’en 2004, et même quatre fois plus qu’en 1996!

Le pouvoir d’achat des travailleurs, lui, baisse, entre autres à cause de la mise à mal de l’index. Un nombre significatif de produits ou de services de base ne sont pas inclus dans l’index, alors que des produits multimédias y sont repris. Mais il y a une tendance à la baisse dans ce secteur…

Qui y gagne quoi ?

L’AIP a bien un effet de « redistribution » des richesses, mais à l’envers. Car cet accord comprend surtout de nouveaux cadeaux pour le patronat.

Pour les travailleurs, il n’y a que quelques points positifs dans l’accord, comme l’augmentation du salaire de base mensuel brut de 25 euros chaque année (50 euros au total). En réalité, cela signifie une augmentation de 4% après des années sans augmentation du salaire de base.

Un autre point positif est la définition des périodes assimilées pour les travailleurs à mi-temps dans le cadre des prépensions. Cette définition reste un pas en arrière comparé à la situation d’avant le Pacte des Générations. Mais c’est déjà mieux.

Mais c’est surtout le patronat qui reçoit des cadeaux: une diminution fiscale sur les heures supplémentaires à partir le 1er avril 2007 (cadeau de 70 millions d’euros), une diminution du précompte professionnel pour financer 0,25% de la norme salariale (environ un quart de l’augmentation salariale au-dessus de l’inflation : 1,1% sur 2 ans pour une inflation cumulée de 3,9%). Le patronat va recevoir 180 millions d’euros par an en plus des 7 milliards de diminution de charges patronales déjà promises pour 2007.

Accord unilatéral

L’AIP est devenu une plaisanterie, un marché de dupes entre le patronat et les directions syndicales. « De dupes », car les « concessions » du patronat sont toujours largement compensées par des cadeaux du gouvernement payés avec notre argent. La seule alternative pour arriver à un accord équilibré est de construire un rapport de force sur les lieux de travail avec un plan d’action et des mobilisations de masse. Pour cela, il nous faudra une pression de la base.

Cela peut se développer via un réseau de syndicalistes combatifs. Un tel réseau ne va sans doute pas se développer sur une base purement syndicale au vu des échecs passés. Mais la construction d’une nouvelle formation politique des travailleurs peut aider à unifier des syndicalistes combatifs. Le CAP peut et doit jouer un rôle dans ce processus.

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