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LGBTQI : Un mouvement uni est nécessaire pour la lutte vers l’égalité !

Par Kshama Sawant, membre de Socialist Alternative, élue au Conseil de Seattle

Cette année, la 40e « Pride Parade » (Marche des Fiertés) a lieu à Seattle, après des décennies de lutte héroïque de la part des militants LGBTQI (Lesbiennes, Gays, Bisexuel(le)s, Transgenres, Queers et Intersexes) pour l’égalité des droits. Comme pour toutes les autres victoires de justice sociale, ce n’est pas une poignée de politiciens qui a permis les avancées concernant l’égalité des LGBTQI, mais bien le courage de millions d’activistes.

Ces dernières années, le droit au mariage pour les couples de même sexe a été obtenu dans 20 Etats des USA ainsi que dans le District de Columbia. Ces votes sont arrivés à la suite de l’instauration de lois pénalisant les discriminations basées sur l’orientation sexuelle dans 21 Etats – y compris à Washington DC et à Puerto Rico – et de lois contre les discriminations liées à l’identité ou à l’expression de genre dans 17 Etats. Ces victoires sur le plan légal ont pu voir le jour suite à un revirement considérable de l’opinion publique, grâce à des années d’activisme de militants de base revendiquant des droits égaux pour les personnes LGBTQI.

L’actuel mouvement des droits LGBTQI est né de la rébellion de Stonewall (1), en 1969, à New York, lorsque les gens se sont soulevés avec succès contre le harcèlement de la police à l’encontre des homosexuels. Les évènements de Stonewall ont eu lieu dans un contexte où se développaient le mouvement des droits civiques et le radicalisme, ce qui a inspiré la naissance d’un large mouvement de libération gay avec lequel des centaines de milliers de personnes sont « sortis du placard » et ont organisé de grandes marches de libération à travers le pays. Le Gay Liberation Front fondé en 1969 avait explicitement des sympathies pour le socialisme révolutionnaire et se déclarait solidaire des mouvements anticoloniaux, du mouvement contre la guerre au Vietnam et des luttes des travailleurs.

Cependant, une réaction s’est aussi développée et a instauré une pression sur le mouvement LGBTQI pour qu’il modère ses revendications afin de les adapter à l’ordre social traditionnel et à ce que pouvaient accepter le Parti Démocrate et ses sponsors. Aujourd’hui, des éléments conservateurs ont contaminé le déroulement des Pride dans de nombreuses villes.

Le journaliste Glen Greenwald a parlé de ce changement dans un article paru en avril 2013 dans le journal britannique The Guardian sous le titre « Bradley Manning is Off Limits at SF Gay Pride parade, but Corporate Sleaze is Embraced » (« La Gay Pride de San Francisco ne veut pas de Bradley Manning mais accueille à bras ouverts les grandes entreprises, NDT »). Dans cet article, Greenwald parle du rôle des sponsors privés dans les évènements liés à la Pride de San Fancisco. Il s’agit entre autres d’AT&T (télécommunications), Verizon (télécommunications), Bank of America (finance), Wells Fargo (finance), Clear Channel (audiovisuel, publicité et événementiel) et Kaiser Permanente (soins de santé). Toutes ces entreprises ont soit été inculpées de corruption massive, avec de lourdes responsabilités dans la crise financière de 2007-08, soit répandu des idées conservatrices et homophobes. Greenwald explique comment les intérêts complémentaires de ces entreprises, des militaires et du Parti Démocrate ont fixé l’agenda de la Pride de San Francisco et ont notamment exigé le retrait de la proposition de faire de Chelsea Manning le « Grand Marshal » (la figure de proue) à la Pride Parade de 2013. [Chelsea Manning, née Bradley Manning, est une ancienne analyste militaire des Etats-Unis qui a transmis à WikiLeaks des documents militaires classifiés. Après sa condamnation à 35 ans de prison, elle s’est publiquement présentée comme transgenre et a entamé des démarches pour changer d’identité, NDLR]

Sur le blog Shaping San Francisco, la chroniqueuse Caitlin Carmody a parlé de la Parade en ces termes : « Partout où je me retournais se trouvait un char d’une entreprise ou un employé avec la marque de l’entreprise (et l’arc-en-ciel sur le logo de cette entreprise) : Wells, Fargo, Google, Clear Channel, Kaiser Permanente, Bank of America, BMW, Facebook, Macy’s, Salesforce, JP Morgan Chase, Twitter,… Où donc était la colère dirigée contre la crise économique causée par ces banques qui défilaient dans la parade et dont des pratiques néfastes ont jeté beaucoup de LGBTQI à la rue ? »

L’année suivante, une énorme pression publique a fini par forcer le Comité de la Pride de San Francisco à revenir sur ses décisions, à donner des excuses à Manning et à lui proposer d’être Marshal Parade d’honneur cette année – une victoire importante.

Mais en dépit des récentes victoires comme le droit au mariage, il reste encore beaucoup à faire, particulièrement pour les LGBTQI de la classe des travailleurs et spécialement pour les personnes transgenres.

Des études récentes démentent le stéréotype véhiculé par les médias selon lesquels les gays seraient riches. En réalité, le taux de chômage chez les lesbiennes, gays et bisexuel(le)s est 40% plus élevé que la moyenne nationale (Center for American Progress). Plus de 40% des jeunes sans abris sont LGBTQI (Huffington Post, janvier 2013).

Les défenseurs des idées du socialisme comme moi ont toujours milité pour le droit au mariage des couples de même sexe, et nous croyons important de renforcer notre mouvement en joignant nos forces pour revendiquer une société où chacun(e) a les mêmes droits et où les besoins humains sont assurés. Nous devons revendiquer des réformes comme l’égalité des droits pour les LGBTQI concernant les visites de proches à l’hôpital, des logements abordables pour tou(te)s, la fin de l’écart salariale homme-femme et un salaire minimum de 15$/heure – réformes qui ne profiteraient pas seulement aux LGBTQI mais à tous les travailleurs qui lutteront côte-à-côte.

Les LGBTQI sont régulièrement sujets au harcèlement et à la violence, même à Seattle. On a vu une escalade inquiétante des crimes de haine dans le quartier de Capitol Hill. Malgré sa réputation de ville gay friendly, Seattle a le 3e taux le plus élevé de crimes haineux envers les LGBTQI aux USA en 2013 (Seattle Times, 06/06/2014).

Les personnes transgenres sont particulièrement touchées par des taux élevés de pauvreté, de chômage et de crimes haineux y compris de meurtres. Dans 29 Etats, il est toujours légal de licencier quelqu’un sur base de son orientation sexuelle. Et dans 33 Etats, être transgenre est une raison valable pour se faire licencier. Les transgenres ont 28% de risques supplémentaires d’être victime de violence physique, souvent de la part de la police, que tout autre lesbienne, gay, bisexuel(l)e ou queer (National Coalition of Anti-Violence Programs).

Malgré tout cela, les principales organisations LGBTQI, telles que Human Rights Campaign et Gay and Lesbian Task Force, se sont concentrées sur des campagnes qui n’ont pas pour objectif de remettre en question les causes fondamentales de l’oppression des LGBTQI. Celles-ci échouent souvent à pourvoir aux besoins des LGBTQI qui font constamment face à l’injustice économique et sociale. Ces associations LGBTQI dépendent aussi du Parti Démocrate et, par conséquent, limitent leurs revendications à ce qu’elles jugent « acceptables » par l’establishment politique à la solde du patronat.

Les défenseurs des idées du socialisme considèrent l’oppression des LGBTQI et le sexisme comme inhérents au capitalisme qui promeut des rôles de genre artificiels et restrictifs. La société capitaliste a besoin d’organiser des divisions parmi les travailleurs afin de préserver l’extrême inégalité sur laquelle elle est fondée. Elle cherche toujours à marginaliser et à opprimer les personnes et mouvements LGBTQI en les présentant comme une menace à la famille nucléaire patriarcale. Les politiques de division sont cyniquement utilisées par une partie de l’establishment – promotion de l’homophobie, sexisme, sentiment anti-immigrés et autres préjugés – afin de dévier l’attention loin de la colère profonde envers la pauvreté et l’injustice économique.

Nous avons besoin d’une autre politique afin de cibler les causes de l’origine de l’oppression des LGBTQI. Les politiciens Républicains attisent l’homophobie, le sexisme et le racisme, mais le mouvement LGBTQI doit aussi couper les ponts avec le Parti Démocrate, auteur de réformes modestes et décousues. Il nous faut construire un parti politique indépendant qui luttera sans ambigüité pour nos intérêts.

Obama et le Parti Démocrate ont pris de petites initiatives en matière de lutte pour les droits des LGBTQI. Les politiques antidiscriminatoires mises en œuvre dans les Etats par l’administration Obama résultent de luttes menées par les militants LGBTQI ces dix dernières années, lesquelles, par la construction d’une implacable pression des masses de la population, ont convaincu une majorité d’Américains à soutenir les droits fondamentaux des LGBTQI.

Nous pouvons multiplier de façon exponentielle notre puissance collective en allant chercher l’unité du mouvement LGBTQI avec les syndicats, les organisations environnementales et les autres mouvements sociaux. Nous avons également besoin de nos propres candidats indépendants et de nos propres représentants politiques pour défier à la fois le Parti Républicain et le Parti Démocrate.

Notre lutte est loin d’être terminée et nous ne parviendrons pas à en finir sans construire un large mouvement pour l’égalité des droits et la justice sociale, sans prendre audacieusement en charge les besoins des LGBTQI les plus opprimés comme les transgenres. Enfin, il nous est impossible d’obtenir une réelle victoire sans rejeter le système économique capitaliste, fondamentalement basé sur l’oppression et l’inégalité.

(1) Le Stonewall Inn était le nom d’un bar à Greenwich Village, New York, fréquenté par des homosexuels. C’est suite à un contrôle de flics le 27 juin 1969, très fréquent et donc banal dans le milieu LGBTQI de l’époque, que les émeutes ont débuté. Cet ixième raid lancé par la flicaille new-yorkaise a été l’étincelle qui a mis le feu aux poudres.