Luttons pour le maintien des emplois !

Photo : Collectif Krasnyi

Pour amorcer l’attaque contre le personnel, le management de Delhaize a été ajusté. Quelques tops managers ont dû partir. Le CEO Pierre-Olivier Beckers est parti avec un parachute doré de 7,6 millions d’euros. Frans Muller a été choisi comme big boss parce que, selon le journal financier De Tijd, il est “moins émotif” et de plus, moins impliqué envers le personnel. La même chose s’est passée chez Delhaize-Belgique où Denis Knoops a été placé. L’objectif était clair : bain de sang social avec préméditation.

Article tiré de l’édition d’été de Lutte Socialiste

Non seulement 2.500 emplois sont menacés, dont des centaines dans les 14 magasins menacés de fermeture, mais le personnel restant doit casquer. La direction veut licencier partout et grignoter les salaires et les pauses de ceux qui restent. Moins de collègues, moins de salaire et moins de pauses (deux fois un quart d’heure par jour), voici ce que la direction a à offrir au personnel. Après des années de loyaux services, une grande partie du personnel est jetée au rebut et ceux qui restent sont traités comme des déchets.

La direction pointe les coûts salariaux et les bénéfices en baisse. Ces deux dernières années, il y a eu, pour l’ensemble du groupe, 31 nouveaux magasins pour un total de 852. Ils ont récolté le chiffre d’affaires de 5,071 milliards d’euros, une hausse de 3% par rapport à 2012. Au cours de la même période, les effectifs ont diminué d’1% pour passer à 16.227. Le bénéfice de l’entreprise est passé de 242 millions à 187 millions d’euros. Avec moins de personnel et plus de magasins, le chiffre d’affaires a progressé alors que le bénéfice a été restreint. La chute de la rentabilité a été mise sur le dos du personnel. Un détail : avec les millions qui ont été payés aux top-managers lors de leur départ, la chute du bénéfice d’entreprise aurait pu être fortement moindre. La chute du bénéfice d’entreprise n’a pas empêché Delhaize de refiler un peu plus aux actionnaires: le dividende est passé l’année dernière à 1,56 euro brut par action soit 11% de plus que l’année précédente.

Que veut la direction ? Elle se réfère au personnel “meilleur marché” d’Albert Heijn (voir la réaction d’un délégué chez Albert Heijn) qui, par exemple, ne perçoit pas d’indemnisation pour le travail du dimanche. On plaide aussi pour des magasins franchisés, ce qui ferait que le supermarché est soi-disant indépendant et ne fait que reprendre les produits et logos de Delhaize tout en décidant lui-même du sort du personnel. En divisant le personnel, il est plus difficile de les réunir pour lutter pour de meilleures conditions de salaire et de travail. Diviser pour régner au nom des profits.

Avec cette attaque contre l’emploi et les conditions de salaire et de travail, la direction des chaînes de supermarchés veut construire un secteur à bas salaires. L’engagement de l’ancien directeur de la Poste, Johnny Thijs, comme membre “indépendant” du conseil d’administration de Delhaize indique l’orientation prise, chez Bpost aussi, par exemple, il a été proposé d’engager des livreurs mal payés au lieu des facteurs qui ne gagnent déjà pas grand-chose. Si cela réussit chez Delhaize, les autres chaînes saisiront l’opportunité pour aller encore plus loin. Cora a déjà annoncé que le personnel devra se contenter de moins. Alors que les tops managers s’octroient des millions, ils exigent que nous acceptions une spirale infernale et sans fin vers le bas. La seule manière de stopper ça est de s’y opposer ensemble.

La faute des clients ?

Le fait qu’en temps de crise, les gens doivent surveiller leurs dépenses et font plus facilement les courses dans les supermarchés discount a été utilisé pour placer la responsabilité du bain de sang social que va subir le personnel de Delhaize sur le dos des clients. Tout comme l’argument que le personnel coûte trop cher, la responsabilité est rejetée pour que la soif de profits des actionnaires ne soit pas démasquée.

Il va de soi que les supermarchés ressentent les effets de la crise de ces dernières années et les attaques incessantes de longue date contre le pouvoir d’achat de la majorité de la population. Tout comme dans les périodes de crise précédentes, aujourd’hui aussi, on constate une augmentation des magasins vendant des produits de moindre qualité à bas prix, pensons, par exemple, à la propagation des magasins à 1 euro. Si tel est le cas, cela n’est pas dû à un choix conscient des consommateurs d’acheter des produits de moindre qualité mais à une baisse du niveau de vie.

Avec la spirale constante des salaires vers le bas, le pouvoir d’achat est miné. Avec sa politique d’économie sur le dos du personnel, la direction de Delhaize y contribue. Le diagnostic de la direction est aussi mauvais que le remède.

Peut-on éviter le bain de sang social chez Delhaize ?

La direction et les médias veulent nous faire croire que s’opposer à ce plan ne sert à rien parce cette restructuration est absolument nécessaire. On dit même que faire grève est contre-productif parce cela pousse les clients vers la concurrence et empire encore la position de Delhaize. S’opposer au bain de sang social n’est pas facile. Mais si nous ne faisons rien, la direction ne s’arrêtera pas à cette attaque.

Cela se remarque dans chaque magasin où des actions sont menées ou même à d’autres moments de campagne : le soutien pour le personnel concerné est énorme. Là où les syndicats ont lancé des pétitions, les clients y ont répondu massivement. Il serait utile de mener une campagne d’affichage et une pétition unique dans tous les magasins de Delhaize. Dans ces magasins, le personnel pourrait donner toutes les heures ou toutes les deux heures, des informations via le micro officiel aux caisses et lancer un appel à la solidarité avec le personnel. En consacrant quelques semaines à la construction d’une journée d’action nationale, il est possible de transformer le large mouvement de sympathie en un soutien actif et une implication dans la lutte.

Nous ne devons pas mener la lutte magasin par magasin, il faut une coordination nationale. Pour impliquer un maximum de clients, il peut être utile de maintenir des actions locales, par exemple, dans le cadre d’une journée d’action nationale préparée lors d’une assemblée du personnel et des clients où des mots d’ordre seront pris pour après la journée d’action aussi.

En mettant directement en avant des revendications telles qu’une harmonisation des conditions de travail et de salaire dans l’ensemble du secteur de sorte que les magasins ne puissent pas être mis en concurrence, nous pourrons renforcer l’unité à la base. Sur base d’un mouvement fort chez Delhaize avec le soutien et l’implication des clients, il sera possible d’arriver à d’autres actions telles qu’une grève de 24 heures dans l’ensemble du secteur.

Agissons ensemble pour le maintien des emplois !

– Suspension des plans de la direction : pour le maintien de chaque emploi, pas touche à nos salaires !
– Pour de meilleures conditions salariales et la construction de délégations syndicales dans les magasins franchisés ! Harmonisation vers le haut des conditions de travail et de salaire dans tout le secteur !
– Pour un plan d’action avec une journée d’action nationale et des manifestations mobilisant le personnel et les clients (par exemple, campagne de pétition et d’affichage combinée) précédée d’une assemblée des membres du personnel et des sympathisants en prélude à une grève de 24 heures dans tout le secteur !